Le matin est trop large pour ceux qui vivent de l’argent des bourreaux. Leur appétit est au bout de leur fusil. Ce qu’ils ont compris ne vaut pas un centime. Il leur manque une dimension qu’ils n’atteindront jamais. La métaphore du cœur. Le jour ne sanglote pas de leur sang. Ils ne sauront jamais rien de la légèreté ni de la force de l’hirondelle. On ne tue pas le battement d’une aile dans la tête. Rien n’est égal. Le fleuve n’a qu’un sens et le ciel n’en a aucun.

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Pourquoi te mettre en colère dans des combats perdus d’avance ? Il y a tellement à faire. De flèches et de cibles. De mots et de bouches. Il y aura encore des naissances. L’arôme d’une espérance. Et toutes ces sèves dormantes dans les arbres d’hiver. L’eau libérée des écluses. Des jambes qui traversent les déserts. Ne perds pas ton temps à l’ennui des horloges. Dresse-toi sur des possibles. Avec l’exigence des petites victoires. Tu n’es qu’un terme de l’addition.

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Les frontières respirent l’adieu, les murs de larmes, les lèvres closes. Elles servent de perchoir aux oiseaux migrateurs. Par la fenêtre, tu regardes l’horloge. Tu n’étais pas fait pour rester ici. Décidément, tu as trop le sens du détail. Quelqu’un aura couvert de pétales de rose l’iris de tes yeux. Tu sais ce qui se lit aujourd’hui dans tes crevasses. Tu te blesses d’une écharde. Tu n’atteindras pas l’étendue de pleine lumière. Mais tu avances à tâtons jusqu’à la fente. Vers un autre pays.

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Peut-être l’inévitable. L’affaissement de la route. Un incendie sur l’horizon.– Parfois une tourterelle se pose sur ta main. – Peut-être une aube nouvelle aussi ; un peu risible. – Parfois le vent déplace quelques nuages. – Bien sûr, tu auras connu quelques témoins d’azur parmi les ossements. Ton poème n’avait d’autre choc que celui de deux silex. L’hiver est toujours un peu dérisoire à ce qui brûle. Que l’oubli accompagne ta mémoire. Avec le courage d’être là et la force d’être ailleurs.

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Contre et dedans. Inlassablement contre et inexorablement dedans. Au centre d’une émotion équationnelle. La raison d’un soleil. Arrimé à la crosse des colères. La fraternité des justes. Le souffle d’un étendard invisible. Un au milieu du nombre. Le nombre en projet. Dans l’huile solitaire. Larmes sur l’arme. L’herbe invincible des ruines. Une intense patience qui avance. Remuement du verbe dans le décombre des mots. Les ténèbres dans le sens de la lumière et l’intime pour méthode.

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Tout n’est que grâce et reflet, une tige d’osier sur le mur ; promesse trébuchante, inaccomplie. Tu te voiles au soleil, la lumière écartée. Tout n’est que voyelles abandonnées au socle de l’inerte page. Le ciel se voûte ; présentes ronces. Lorsque tu reviendras après l’envolée des muscles, automne désirée dans le saccage des blés ; lorsque tout sera consumé de la sueur du jour, tu reconnaîtras ce visage de l’onde. Il n’appartenait qu’à cette heure sonnante de l’hiver.

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Ta route n’a pas de sens tant que tu ne l’as pas prise et nommée. Te taire te superpose à tes choix. Tu ne peux être si tu n’es dans le silence inédit de ta vie. Ainsi marches-tu aveugle de toi sur l’allée. Plein de ce qui est, dans le contrepoint de ce qui fut. Une sève monte des dernières pousses pour te rejoindre. Mais tu ne chantes pour personne dans l’aigre matin. Lourd de la plume de tes mots, tu ressasses tes conjugaisons comme les prières d’un chapelet.

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Tu as tellement de mal à ne pas aimer ce qui te ressemble. Tu passes ton temps à briser des vitrines pour mieux voir le paysage. Tu n’es que le regard du sujet. Dans une distance mesurée. Entre l’hideuse complaisance et la mauvaise foi. Demain sera parfumé sans toi d’une langue qui t’aura oublié. Seul au milieu de ceux que tu aimes, c’est en vain que tu laisses la vieille rose à sa flétrissure. N’aie pas peur de ce présent qui te regarde.

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Pourquoi bêcher le jardin ? As-tu si peur du labyrinthe et de son enseveli ? Tu n’es savant de rien mais tu sais voir l’or grâce à ta persévérance. Tu sais te pencher pour rester plus longtemps debout. Tu as appris à éloigner l’anxieux sans l’oublier tout à fait. Tu n’as pas toujours eu raison. Aujourd’hui tu préfères te taire. Mais il y a tellement de route dans tes silences. Tu ne veux perdre ton temps qu’à l’essentiel, ce totem tellement obscur et discutable. Où donc est l’ombre du soleil ?

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C’est lorsque tu es désuni que tout s’empare de toi, à la surface brisée. Tu deviens occupé. Ta figure en danger. Un joyau va sortir du vague, mais ce que tu réclames est tout au fond. Proche et brutal. Une soif t’inonde soudain. Tu t’éloignes de l’évaporé. Des silences jonglent. Tu embrasses un soleil exact ; allume l’endormi revenu. Et le voyageur ne revient jamais sur ses pas. Il tremble sous la pluie qui redouble. Comme un chien qui aboie parce qu’il a froid.

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Il pleut. C’est évident. Le trottoir n’en peut plus d’être piétiné. Et ces bruits de travaux, la rumeur des sirènes. Tu t’arrêtes devant une affiche électrique. La cicatrice d’un mur. Tout t’invite au voyage. Tu as la bouche pleine de thé. Tu traverses à nouveau le parc humide. L’été, là-bas. Quelque chose s’invente dans ta poche. Un lambeau d’univers lumineux, un cristal cogné ; un portique ruisselant. Dans ta tête une foule orchestrale, une prairie à l’abandon. Tu te nourris ici de l’écureuil espiègle, du chant de la mésange. Tu marches sous la pluie mais ce ne sont pas tes pas. Seulement en toi l’évidence de la pluie.

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Ce qui monte de toi vers l’astre de tes lèvres, c’est un parfum nocturne, une chair endormie sur les draps noirs de cette nuit. Tu n’en finiras donc jamais de dénouer les sangles du mystère. Assis sur le bord de ton lit, tu regardes tomber les heures de ton réveil. Tu voudrais que s’arrêtent les balançoires. Mais il pleut tellement depuis que tu es né. Par la fenêtre en bas, quelques passants se pressent, gonflés de faux azurs et de sucres mortels. Il faut en finir avec ce goût amer de passé dans ta bouche. Te mettre à table à nouveau. Retrouver l’autre visage dans ce tube où t’attendent les mots.

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Tu marches dans la vessie de la ville. Elle t’irrigue, te mêle à ses bruits bougés. Tous les corps ont une histoire. Les vitrines te renvoient des images qui ne sont pas les tiennes. Des portes claquent sur ta vieille mémoire. Tu te retournes sur des parfums qui te racontent un intérieur en dérive. Personne ne t’attend derrière les rideaux de la grande allée. Tes pas se perdent dans ton silence. Ils vont rejoindre le formidable élan de l’humanité. Tu rentres te réchauffer. Tu étais si petit sous les arbres.

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Au fond du jardin, il y a la mer. Il y a un enfant vieux qui te ressemble. Tu sais donc vivre partout. Tu as appris à entendre les larmes dans les rires. Chaque jour, tes pieds s’enfoncent dans la terre. Tu ne te souviens plus de ces yeux qui te regardaient pendant les grandes marées. As-tu mal de trop savoir ? As-tu peur de ne rien comprendre ? Tes lèvres se referment sur la porte des mots. Un clavecin bascule de l’embarcadère.

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Au loin, tu entends l’orage. Comme une faute du ciel. Une hache sur l’horizon. Un oiseau noir s’attarde sur le champ. Peut-être vis-tu la fin de quelque chose ? Celle d’un monde tombé ? Peut-être est-ce bien ainsi ? Dans la lumière basse, tu t’efforces à la dernière attente. Tu multiplies en vain les couleurs sur ta page. Tu le sais, rien n’est donné. La distribution des ferveurs est inégale. Il te reste à célébrer le laborieux bonheur devant le puits.

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Ce visage qui va du lavabo au miroir ; ce cri que tu retiens entre mille mâchoires ; cette porte presque fermée avant de disparaître ; cette mécanique qui perd son équilibre ; cette photo qui ne quitte pas ta poche ; cette heure exacte au rendez-vous du chevet ; tout ce verre renversé sur la dernière nappe ; et toi qui t’obstines à garder les dents propres, les joues bien rasées, la marche et le sourire ; le soleil en étendard sur le trottoir gris et mouillé. Toi qui t’épuises à la joie comme on lime un diamant, buvant le sang noir ; tu ne meurs pas, non. Mais tu répètes encore et encore la question.

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Ta maison ne parle pas ce soir. Le mur te regarde. Tout est en place : tes yeux sur le livre ; une ombre patiente. De l’absence salie tes doigts. Il y a aussi une vieille odeur de mots dans ta tête. Une image qui se heurte, mortelle, sur le coin du bureau. Une haleine sur ta main. Tu attends l’accident. La faute inévitable. Tu as si peur de mentir. De ne pas être à la hauteur. Tu seras toujours quelqu’un qui ne sait pas. Un aigle aveugle qui a faim. Tu te surveilles. Tu écris de si loin que personne ne peut entendre. Il te restera demain le jour nouveau pour que tout répare la fatigue disloquée de ton corps.

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Tu déambules au milieu de la cohue, entre les rouleaux de tapis, les épices prenantes, les draps de couleurs, les lunettes de soleil que personne n’achète, les ustensiles de cuisines inutiles, les soutiens-gorge ahurissants, les parfums orientaux et les eaux de Cologne. C’est ici l’Afrique et le Maroc, avec cette odeur de gâteaux écœurants, de frites huileuses, ces étalages de bijoux de pacotilles, de montres clinquantes, vracs de vêtements à un euro. Tu te sens bien au milieu de cette foule à la fois vulgaire et élégante. Ça sent sous les bras, ça crie aux étalages. Il y a de l’Islam dans l’air, un Islam tolérant, paisible, ancestral. Tu es dans ta ville au milieu d’eux. Tu embrasses un peuple qui te ressemble, auquel tu appartiens. Un peuple qui se mélange comme tout ce qui vit, tout ce qui chante. Et tu sens en toi cette évidence d’humanité comme cette main fraternelle qui se pose sur ton épaule.

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Tu as sur toi cette odeur rousse de l’automne. Ce goût de tabac blond plein de promesses que tu ne tiendras pas. Tu marches au milieu des passants aux visages un peu tristes dans cette lumière de novembre. Sans gaieté comment marcher encore ? Tu es sans projet. Tu descends les allées oublieux de l’urgence d’être simplement là. Il te faudrait croire en quelque chose mais il y a trop de silence et de murmures. Tu habites seulement un mouvement gris. Rien ne se lit sur les lèvres des arbres. Tu n’es que le figurant d’un film qui ne verra jamais le jour. De ton ventre tombent des livres que personne ne ramasse. Et tu te demandes pourquoi tu portes en toi le sang de toute la mélancolie de cette si belle après-midi.

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Tes maux de tête ressemblent à cette girouette qui ne tourne pas ; à ce vieux mégot tombé dans le sable ; à cette fleur séchée oubliée sur un pare-brise. La bruine se collait à ton chandail. Tu attendais sur le parapet une fille toujours en retard. Au loin ta main se posait sur le formica rouge ; les longues traînées de pneu sur la route en ciment ; le porche du lycée ; le bel aubépin de Ronsard. Toutes ces photos dans ce carton que tu ne classeras jamais. C’était hier et c’est aujourd’hui dans le bol posé sur la table. Le froid ne choisit pas l’endroit où il dort. Tu souris à la fenêtre. C’était hier et c’est aujourd’hui.

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Que peut-il naître de ce fracas sur le boulevard ? L’orchestre des voitures interprète toute l’attente de ta ville. Les tourbillons et la fatigue de l’air t’étreignent à la gorge. Toi, tu te dresses dans l’englouti, le sourire d’une passante. De la houle odorante du large trottoir se dessine une humanité qui vient à toi, un sang en partage, le temps rassasié de soleil, un ruissellement de sueur qui descend dans ton dos. D’une main tu essuies ta nuque. Avant ce soir la pluie te lavera jusqu’à l’os au milieu du trafic.

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Tu dors chaque nuit contre les mots, au milieu de leurs cheveux. À leur chevet. Parfois, du miel déborde de leurs pots mal sertis. Ils ne s’endorment jamais tout à fait. Ce qui prend du temps, c’est de dénoncer leur imposture. La répétition de leur grandeur dérisoire et ridicule. Ce serait une erreur de penser qu’ils ne sont qu’à toi. Tu n’es responsable que de leur ordonnance. Et encore. Que sais-tu vraiment de leurs récits ébauchés, de leurs images improbables ? Tu fais parfois le malin avec eux. Et ils te le rendent bien. Tu ferais mieux de te taire mais c’est plus fort que toi. Un jour, c’est sûr, ils sauront te laisser tranquille. Ils brûleront. Avec toi.

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Au fond du vieux parc, quelques hommes transforment le temps en poussières. Mais tu sais qu’il y a un passage vers le Grand Rond où personne ne se dit jamais adieu. Toi tu marches dans le ventre de ta vie, sous les yeux indifférents des fenêtres. Tu ne guéris jamais tout à fait. Il t’arrive aussi de croiser un vieillard habillé en Arlequin qui écrit partout sur les murs le mot silence. Méthodiquement, d’un drôle de sourire, il tue tous tes héros. Et tu lui en es très reconnaissant. Même si tu le trouves un peu misérable et ridicule.

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Tu sais bien t’enivrer de poèmes fugitifs. Tu te caches dans leur traque matinale. Mais ils te retrouvent toujours. À balles réelles d’enfance, de fleurs jaillissantes, de digues qui cèdent, de neige durcie sous les érables. Et tu disparais à nouveau dans le chœur bavard des passants, les lumières basses d’une autre ville. Ce que tu vis n’est pas intelligible. C’est un goutte à goutte dans l’alcool de tes somnolences. Un rivage sans cesse repeint. Un frisson qui cherche à venir de ton semblable. Comme au black jack, tu quittes le stationnement sans regarder.

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La visite est terminée. Tu entends encore en toi le murmure des cimaises. En sortant tu lis les dédicaces un peu ridicules. Tu es prêt pour l’abandon et la rue. Celui du clair-obscur et des aplats de la vieille ville. Un repentir. Tu prends la passerelle pour rentrer. Seul enfin, tu détaches ton harnais de mémoire, libérant de vieilles images dans tes yeux. Elles sont désormais inutiles. Chez toi, tu te déshabilles dans le noir, te fonds dans les draps froids, relèves la couette sur ton nez. Tu te souviens d’un rêve ancien, d’une odeur d’huile et de térébenthine. Dehors, une trompette s’éloigne sous la pluie. La toile s’efface jusqu’à l’abstraction complète.

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Un léger tremblement dans l’air en ce matin de novembre. Tes draps sont propres. Ils sentent la lavande. Tu n’as mal nulle part. Sur la table, un livre de poèmes de Anna Akhmatova. Pourtant quelque chose se trouble dans la chambre. Ce temps, là, par la fenêtre ensoleillée. Ce monde, ailleurs. Tu vis dans le privilège de l’automne. Pourquoi entends-tu gémir ces enfants au fond de la Baltique ? Pourquoi ce rêve qui s’arrête, au réveil ? Cette tristesse de vieux sable lointain. Allez. Entre en mouvement. Et même si c’est faux, pense que le muscle fervent de l’humanité est impatient de te retrouver.

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Persuade-toi. Sors de l’abri. Du chaud. Réveille tes gouffres. Ne tombe pas. Ne traverse pas la route. Prends-la. N’aie pas peur du temps qui te consume. Entreprends ta vie. Debout dans l’effondrement. Ce qui s’ouvre en toi n’a pas de prix. Préserve tes germes solaires. Une aube est à l’aplomb. Tu n’as rien fini. Es-tu bien conscient de ta joie d’être ici, de tes jours comptés ? Tu t’accordes aux battements de ton cœur. Tu ne pèses que le poids de ta main qui écrit.

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A la gare, tu sauras comment partir. En attendant, les corbeaux se moquent de toi. Le ciel bleu te fait de l’ombre. Tout est mouillé. Tu cherches un jouet sur le chantier. Mais l’enfant n’est pas là. Et tu ne sais pas jouer sans lui. Sous tes pieds, les gravats sentent la terreur et le cadavre. Tu trembles. Demain tu rassembleras à nouveau tes coquillages. Tu serreras bien fort la nuit contre toi. Tu auras fait patience près du grand feu. Tu oseras chanter enfin sans t’expliquer dans ta cage ouverte. Admiré du seul silence de tes mots.

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Tu te tiens en éveil au milieu du verbe. Tu ne flanches pas. En toi sont tous ces liens qui te retiennent à la terre. En toi toutes ces ailes que tu défroisses inlassablement. Tu es fait de romances qui célèbrent un adieu splendide, incontournable. Dans l’opacité du soir, tu apprends à garder les yeux ouverts, te méfiant des marchands, de la trop ostentatoire humilité des hommes. Derrière la lumière il y aura toujours un égaré qui te ressemble. Tu le sais désormais : une seule caresse peut justifier le monde.

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Tu ne connaîtras jamais la mesure exacte de ta raison. Tu auras beau te ruiner de logiques, purifier tout ce qui te semble opaque, il y aura toujours la force incommensurable de ton désir de vivre, cette rage inouïe qui te tient debout dans ta ville. L’éternité tu le sais ne dure que le temps de ta chair. Elle ne redessine en toi nulle autre route que la tienne. Merveilleuse elle fut ; de joies, d’élans, de chants de réconciliation dans le chaos de tes actes. Tu t’obstines encore à traverser dans les passages pour piétons mais tu restes fidèle à tes foules intérieures. Tu vis désormais dans un silence sans guide.

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Il te faut rejoindre l’œil immense. En finir avec la révolte sucrée, la putride espérance. Laisser les mufles sur les écrans plats. Lorsque la pluie tombera à nouveau sur tes ailes, n’essaie pas de t’envoler. Tu n’es pas un spectacle pour les oiseaux. Seulement un calvaire défleuri par le temps. La rouille de tes os te fatigue sur le chemin. Mais tu te cherches encore à la croisée. Non, tu ne lis rien dans les entrailles du dernier animal. Il t’appelle sans savoir qui tu es. Un enfant innommé dans les gerçures de ta pauvre survenue au monde.

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On ne tue pas les cadavres. Il n’y a pas de route qui n’aille nulle part. Personne n’avance quand il est allongé. Il faut seulement que tu fasses confiance à la mécanique de tes oracles. Que tu t’en tiennes à tes remèdes. A la science de tes désirs. L’homme est un obligé de rencontres. Lorsque il danse, il ne doit pas regarder ses pieds. L’horloge ne fabrique que de l’oubli. Tu ne dormiras jamais tout à fait. De tout cela tu énonces de nouvelles naissances, plus hautes que l’or, plus profondes que les chants qui te perpétuent.

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Tes pas te perdent dans l’exhalaison du marché de plein vent. Tous ces effluves, cet exotisme à vendre. Et ces longues jambes nues de femmes dans le soleil tardif de novembre. Ce sang qui n’en finit pas de couler dans tes muscles. Ne fais pas semblant de ne rien attendre. Regarde simplement cette beauté qui bouge autour de toi, entre les savonnettes artisanales, les bijoux faits main, les étals de gâteaux orientaux, la senteur inouï des fromages près du stand de bières artisanales. Et cet amoncellement de légumes frais, de cris joyeux, de sueur humaine. Et toi avec ton vieux corps qui t’appartient encore avant de disparaître de la vitrine.

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Tu connais la mort. Elle t’habite depuis toujours. Primitive. Elle ne te veut aucun mal. Elle veut seulement t’habituer à toutes les absences, les séparations, l’éternité. Elle n’est pas supplice, elle est méthode. Elle sait où tu es, l’endroit où tu te perds, le lieu où tu te tais. À tue-tête. La mort avec son odeur ridicule d’encens, ses arômes terreux, ses suppliques honteuses, ses signes illisibles. Tu connais la mort et toutes ses métaphores, ses images et ses icônes. C’est elle qui donne un sens à ta vie bien malgré toi ; qui sacre ta durée. Elle qui fait le compte de tes galops et de ce qui te reste d’enfance. Non, elle ne te veux aucun mal, la mort. Elle te prouve chaque jour que tu es encore vivant. Avant de prendre le relai.

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Une voix t’appelle en contrebas. Mais il n’y a qu’un chien roux et le balancements des mats. Un hortensia qui manque d’eau. Des oyats solides dans le vent d’ouest. Toi tu n’es pas là. Tu n’es jamais tout à fait là. Tu pourrais être mort tant le froid est entré sous ta chemise. Même les vagues sont grises ce matin. Tu cours dans l’allée de marronniers. Tu le sais, le facteur ne passe jamais le dimanche. Tu ne peux plus entendre la cloche de Saint-Exupère. Tout est mouillé dans ta tête. Tu ne te souviens que du nom de cette ville qui te traverse et qui n’existe plus. Tu marches lentement désormais. Tu restes à l’heure d’été.

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Parfois tu t’assoies au milieu du labyrinthe, las de chercher une sortie. Des passants disparaissent derrière les vieux platanes. Ce bruit lancinant qui te traverse ce n’est pas celui du trafic, c’est celui de ce moteur intérieur qui mélange ta vie. Tu es à la fois l’enfant et le vieillard, ce désir intact d’être là sur ce banc. Un arrêt sur image. Et tu embrasses cette légèreté respirée, le froissement d’une robe, son parfum vermeil ; la sueur du charpentier sur l’échafaudage ; le troupeau dispersé sur la grande allée. De tes lèvres tombent un silence accepté. Les restes d’un rêve qui ne finit jamais. Tu dors à l’ouvrage.

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Derrière les grands rideaux, sur la vitre, la pluie. Il y a le sel qui vient du large et les vents, les vents qui remuent les genêts. Il fait froid dans la grande maison blanche. L’air sent le sable et la cire. Le téléphone ne sonne jamais. Il y a un vieux livre abîmé sur les grandes dalles noires et blanches. Le corps d’une jeune fille. Et tout ce qui ne s’est jamais dit. Tout ce qui ne ploie jamais dans la hauteur des pins. Et cette main qui tremble. L’épreuve du temps. Ce cri que personne n’entend. Un drap blanc qui ne bouge pas. Une mémoire qui s’évente. Et l’automne. L’automne qui n’en finit pas de gémir.

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La caravane était en feu au milieu de la nuit. Toi tu écrivais le rêve, essayant de dormir malgré la proximité des serpents. Tu voulais partir mais une griffe d’amour te retenait. Les jours passaient. Aujourd’hui, tu te reconnais à peine sur les photos. Ce qui brûlait n’est plus que cendre. Des pommes brillent dans la corbeille. L’heure est sereine sous la véranda. Le monde est ordinaire, l’eau transparente dans la vasque. Tu n’as plus rien à tuer. Les vieux squelettes se sont dispersés dans la tourbe de la caverne. Tu es couché vivant. Protégé par ta mémoire. Tout se tient en équilibre. Libre comme l’instant qui danse à midi.

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La maison est ouverte à présent. La poussière sur les marbres, la barque sous les ronces. Le temps ne purifie rien. Il prolonge seulement des logiques dans la splendeur des buées. Une flamme vacille encore dans ta cervelle. Tu es inapte à ce monde d’avenir, à ses idoles, ses sacrilèges. Il n’y a pas de remède car il n’y a pas de mal. Tout s’éloigne de toi dans une mécanique d’oubli, d’effacement. Quelque part sonne un clocher dans la brume. Tu entends battre en toi un cœur qui fatigue. Tu n’étais donc que le héros d’une farce et tu ne le savais pas.

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Obsession d’écrire. Sans retour. Sans détour possible. Nommer sans la renommée. Le délice des mots et leur amertume. Rage sous le ciel muet. Les tumultes du grand vide. Exténué d’enfance dans un terreau mémoriel. À la recherche d’une mélodie plus juste à chaque phrase. Une danse pieds nus sur des verres pilés. Depuis que tu es né tu es en deuil du monde. En seuil de toi-même. Tu t’éblouis d’images pour la raison du rêve. Tu construis ton exil. Tu n’as jamais le temps.

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Irrésistiblement, tu traverses chaque jour une langue intérieure. Elle est arrimée à tes parapets de goudron, tes instruments de précision, tes ponts dans le désert. Et tu te perds au milieu d’un peuple qui t’ignore ; tu entends mugir les fauves dans ta ville, éclaboussé par leur sang, la mélodie des cuivres guerriers. Tu essaies de traverser cette épouvante avec le sourire de l’écureuil mais le ciel au-dessus de toi est une lame qui fend ton vieux crâne d’espérance. Presque invisible, tu assoies ta fatigue dans un présent étrange au milieu du jardin public.

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Ton rêve va tremblant sur ta page. Il est fait de mots et de nerfs traversant la matière de ton sommeil secret. Et tu regardes ton danseur au sol sous la vieille lampe. Tu cherches une dimension, une mouvement qui brûlerait ses paysages. Mais le danseur ne se lève jamais. Son immobilité de cristal ne fait que troubler tes frontières. Et toi tu voudrais qu’il n’y ait nulle urgence. Qu’il rejoigne tes présences d’autrefois. Mais il ne fait que dormir dans un profond voyage que tu t’obstines à raconter.

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Au sortir du vieux port, tu déplaces tes compas et tes sextants pour de nouvelles distances intérieures. Tu le sais depuis longtemps, tu es fait de noyades ratées et de baisers inouïs sur l’incendie du sable. Mais tu sais aussi te dérouter pour des trésors d’émotions inédites, retrouver la densité du monde dans le secret de musiques barbares. Tu as appris à te lire dans la transparence de tes aplats et la violence de tes prières païennes. Jamais absent, tu acceptes le dérèglement des astrolabes, jetant tes dés de diamant sur l’onde lisse de ta mémoire.

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Il n’y a plus d’hôtel sur le bord de mer. Le vent passe au travers des portes qui grincent. Les mots s’effacent. Un rapace s’endort dans les combles. Le temps a mélangé les pages de l’agenda. Tu t’attardes à quelques dates. Ce qu’il te reste, ce sont quelques visages, des valises sur le seuil. Une tache à l’endroit du cœur qui ne s’est jamais effacée tout à fait. Tes lèvres s’attardent sur un vieil harmonica. Hier est tout près de ta tête. Tu trébuches dans le noir. Tout s’accomplit désormais dans le lent mouvement des astres.

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Il y a un cri dehors, dans la rue. Un cri insupportable. Un cri tout près d’ici. Un cri dont personne ne parle. Un cri auquel tu ne t’habitues pas. Un cri qui ressemble à celui d’une femme. Un cri qui envahit la nuit. Qui rejoint la chorale des cris dans un terrible silence. Un cri qui ne se contourne pas. Qui a l’odeur du sang. Nourri de tous les cris de toutes les tortures. Un cri aux seins lacérés, aux larmes dans le rimel, genoux ployés dans la neige. Il y a un cri dehors que tu peux entendre. Que tu peux entendre seulement si tu ouvres ta fenêtre.

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La nuit ne descend pas. Elle s’insinue en toi jusqu’à l’étreinte du poème. Et tout ce qui respire devient image, mémoire, chant. Tu auras passé ta vie à archiver des envols, des trouées d’azur, quelques détails de ta mélancolie, les résidus d’une ivresse ancienne, l’émotion d’un hasard. Et tu classes encore à cette heure tardive tes papiers dans un ordre tellement risible. Tu auras veillé dans ta maison qui sent le café. Par la fenêtre, tu regardes la mésange qui ne t’attend pas. Les oiseaux ne savent pas rire.

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Tu te souviens encore de ce monde disparu. Il reste présent en toi pourtant comme un sourire accroché à la patère d’une enfance abritée. Le matin, sur le chemin de l’école, l’hiver glissait comme tes gros souliers sur la glace des caniveaux. Il y avait aussi cet oiseleur qui ouvrait ses cages vides quand tu passais. Vers cinq heures, la nuit descendait comme un rideau épais enveloppant l’ennui du soir. Mais tu ne te lassais pas de regarder les doigts silencieux de celle qui dansait sur l’ourlet de ton vieux pantalon.

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Tu fus ce chat au soleil. Tu n’avais pas une autre place. Tu es désormais cet accompli dans l’opacité du soir. Tu respires entre deux haltes ; tire les rideaux usés sur tes mots. Ils sont si merveilleux ces signes qui dansent autour de toi. Tes racines ne te font plus d’ombre. Sur le sable d’or va trébuchant ta bonne fortune. Cette fois encore, tu auras déjoué le piège du cavalier noir.

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Tu es dans ton vieil habit, si léger. Sur ta chaise, des images effacées d’avoir été trop regardées. Dehors, le soleil vacille, c’est inéluctable. Des oiseaux étaient trop hauts. Tu ne fus pas indésirable. Tu fus seulement à l’écart. Le ciel a toujours été ton ciment et c’est ce qui te rassure. Mais que sais-tu de ce qui est définitif ?

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Tu ne sais pas comment tout cela a commencé. L’aube était si obscure. Les lèvres ne bougeaient pas. Il y avait sûrement des visages engourdis par le froid. Les rues pleines de vent. Il y avait déjà des poèmes anciens dans des livres d’écoles. Des petits mots laissés sur la table de la cuisine. Toi tu avais besoin d’autre chose. Tu cherchais un passage étroit sur la mer. Tu lavais tes lambeaux de nuit à l’encre de tout ce qui ne se voit pas, de tout ce qui ne se dit pas. Non, tu ne sais pas vraiment comment tout cela a commencé. Mais tu tiens chaque jour la dernière photo dans ta main.

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Il n’y a pas d’obstacle au temps. Tout dépend de la lumière qui entre dans tes yeux ; de l’hiver que tu acceptes ; du socle d’où tu sais descendre. Et ce n’est pas parce que tu trembles que tu doutes. C’est simplement que tu t’accordes à l’air qui flotte sur tes mains ; à la vibration de cet instant qui n’appartient à personne. Tu bouges et tu voyages. Entre le granit et la sève. Dans les débris de ta mémoire, c’était couru d’avance : tu as oublié ce que tu as semé. Mais rien n’est tiède à ta présence.

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Tu vis dans l’abstraction d’une ville. Ce que tu penses ne s’arrête jamais. C’est une langue murmurée qui te suis à chaque pas dans l’iris des vitrines, la pupille des passants. Sur les quais, tu t’inventes des ports de mer, des chaloupes dérivant dans les derniers rayons du soleil. Et tu plantes tes doigts dans le duvet de l’automne, feuilles mortes et légères sous l’astre qui te guide. Car tu sais qu’il y a quelque part pour chacun, une voile de grand large, un phare trouant le brouillard, un chant de feu sous la bourrasque. Alors tu disparais dans les peintures des fenêtres, le flou d’un pont ferroviaire, tes pinceaux tombés dans la nuit frémissante, rassuré d’appartenir toi aussi au grand mystère de l’humaine attente.

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Parfois, tu restes coincé dans la cloison. Tu y dresses des tréteaux sur des places improbables. Evidemment tu n’échappes jamais aux stupides, aux jaloux, aux envieux, aux sectaires mais avec le temps, tu as appris à avancer sans éclairage. Sur la carte céleste, ta nuit se donne à toi, en continu, et sautant de possibles en possibles, tu te moques des bavards restés sur le rivage. Tu n’es pas très sérieux, tu es juste un peu pressé quelquefois. Fatigué seulement de pousser le fardeau de l’incroyable légende.

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Peut-être que le vent est muet après tout. Il ne parle pas à ce qui bouge. Toi, tu t’es endormi sur tes souliers de hasard pour une aventure immobile ; et il y a eu tant de soleil dans ton miroir que tu n’as pas vu le temps passer. Si tu ne sais plus quelle direction prendre, sache seulement que tu es partout là où tu es ; et que tu avances.

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Ton enfance ressemble aux marées ; elles montent et descendent en toi avec la force inexorable des vents, la violence d’une image, la douceur d’un parfum. Et leurs vagues lessivent le sable, laissant des écueils de larmes et de rires, une écume d’oubli. Ainsi tu vas marchant lourd ou léger dans le dédale des rues, avec le masque du papillon ou celui de la tortue, celui de l’alouette ou celui de l’étoile de mer ; mais tu ne choisis jamais ce temps en désordre qui t’habite. Il est le secret silencieux et impénétrable de chacun de tes pas.

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Tu pourrais être un enfant sur cette escarpolette. Mais tu serais un peu ridicule. L’ivresse du vertige aura fait place à ta peur de tomber. Tu ne gardes de cet instant secret qu’un vieux balancement. Une image dans la poussière d’un coffre. Tu passes, dans le rythme d’un autre corps. Ta mémoire s’éloigne au milieu des cris et des jambes joyeuses. Mais il y a ce présent inoui en toi. Ce trésor que le temps qui te reste ne laissera pas devenir un souvenir.

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Tu habites parfois dans la chambre d’été. C’est un endroit où la lumière dort ; où le bruit incessant du silence ressemble à la patience de l’abeille. Le jour y rêve de tous ses muscles. Ici, les abîmes sont doux comme un parfum d’autrefois. Il n’y a ni dedans ni dehors. Ici, il y a seulement quelque chose dans l’air qui ralentit la chute, une gaze au-dessus du lit : un moment d’éternité accepté.

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Tu es le monde entier dans ton laboratoire. Et tu cherches de nouveaux cratères pour de jaillissantes survies, de ferventes fièvres, d’ardentes symphonies. Non ,tu n’as pas fait le tour de tes démons ni de tes dieux. Tu n’es pas descendu assez profond pour rejoindre la faille éblouissante. Tu sondes encore, n’importe où, brûlant tes drapeaux avec des cris sauvages dans un désert infini. Ce qui te reste à vivre sont de languissantes pluies d’encre. L’examen minutieux d’une rose aux pétales mourants. La sereine démarche de l’échassier dans les marées.

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Ta tête se déforme. Tu essaies de la faire entrer par la porte, mais ce n’est décidément pas encore l’heure de partir. Tu es trop plein d’ici-bas, de fidélités. Tu n’en finis pas de perfectionner ta machine d’ombres. Tu n’échappes à aucune attraction. Un jour elles te perdront tu le sais.Et ton corps sera si brûlant que l’éternité n’en voudra même pas. Pour l’instant, tu te sens si bien parmi les monstres. Tu finis par leur ressembler malgré toi.

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Un jour tu fus le monde entier. Tu avais fixé des cordes dans le ciel chargé. Un chœur était à l’œuvre sur quelques nuages blancs. La nuit avait définitivement fini son travail. Les poches pleines de diamants, tu dansais dans l’harmonie du matin, un chant électrique. Il y avait juste les doux yeux des bêtes qui te regardaient. Les marchands n’avaient plus rien à vendre. L’azur n’a pas de prix. L’azur n’a aucune prière.

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Il te faut oublier que tu es tombé un jour. Tu ne comprenais pas. Tu étais trop étreint. L’azur était si sombre. Traversé de tristesse, tu avançais dans une épaisseur aveugle le long du mur. Aujourd’hui tu somnoles sous le noyer. Dans une magie approximative. L’image d’une peine. Ce qui travaille en toi n’es plus qu’un passé haché qui ne signifie plus grand chose. Tu tournes des pages, abandonnes des jouets, des petites épingles, de vieilles espérances. Tu es laid depuis si longtemps que tu as dû réapprendre à devenir léger. Une liqueur descend dans le nouvel été. Couleur de malt.

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Ce qui te retient ici, c’est cette fatigue, cette somnolence qui te précipite. Il y a dans l’air comme un commencement de panique. A chaque pelletée de temps ton édifice vacille, ton malaise grandit. Mais tu restes là, si calme, sans que rien ne s’interrompe. Dans la galerie de verre, les vieilles couleurs se délavent, s’effacent. Un fracas lointain est à l’œuvre. Un poignard est posé sur la table. Tout tremble un peu. Au loin tu entends les fauves qui approchent. Pour l’instant tout reste en équilibre. Mais jusqu’à quand ?

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L’autre,
 
Cet insupportable
Indispensable.
 
L’autre,
 
Ce prévisible
Énigmatique.
 
L’autre,
 
Cet adoré
Haï.
 
L’autre,
 
Ce nous-même
Si étranger.
 
L’autre,
 
Ce complexe
Tant aimé.
 
 

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La vase
Ne pense pas.
 
Le pouvoir
Des bavards
Occupe
Mon écran.
 
Leur cuisine
Est immangeable.
 
Ce soir
J’ouvre la fenêtre
Et j’éteins
 
Le gaz.
 
 

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Ne pas être
Partout.
 
Seulement
Ici.
 
Mais si
Présent
 
Que l’heure
En devienne
 
Secondaire.
 
 

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Par l’humour
Pardonnez-moi
D’habiter l’obscur
Et curieux
Désastre
De l’Homme.
 
Mais il ne le contient
Jamais
 
Tout à fait.
 
 

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L’enfant
Joue à la fée
Sur le parquet
Ensoleillé.
 
C’est un matin
De lutins
Et de colosses.
 
Un cœur
Danse entre
Les spectres.
 
Cela valait donc
Le coup
 
De se lever.
 
 

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À qui t’adresses-tu
Langue sans adresse ?
 
Que caches-tu
De si obscur ?
 
Que cherches-tu
D’utile ?
 
Dans quel silence ?
 
Que dis-tu
Langue amère,
Pour mépriser autant
L’espérance ?
 
 

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Des hommes
Ont froid
Au milieu
De rien.
 
Ils rêvent d’être
Ailleurs.
 
Seule
Une mélodie
Dans le ciel.
 
Celle d’un oiseau
 
Ivre.
 
 

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Peu à peu
Le décor a
Changé.
 
Un à un
Les fauves quittent
Le cirque.
 
Ils frappent désormais
Aux portes des
Peureux.
 
Quelque chose
Se prépare.
 
Mais qui entend
Les fausses notes
De la fanfare ?
 
 

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Autour
De la table,
 
Rien ne s’est dit
Entre les couteaux.
 
De l’humour
Sans la joie.
 
Des mots
Bavards.
 
Je rentre.
 
Meurtri,
Intact.
 
Le chant
Dormant.

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J’apprends
À être
Oublié
Dans les livres,
Les théâtres,
Ma ville.
 
J’apprends
À disparaître,
Quitter les mots,
La nuit
Et l’ordre
Des choses.
 
Je me désassemble,
Me disloque,
Me déroute,
 
Mais je suis
Toujours
 
Vivant.

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Ça sème
Des hectares,
 
Mais que dire
De ceux
Qui ne mangent
Jamais ?
 
Quelqu’un lit
Quelque part,
 
Mais que dire
Des livres
Entassés ?
 
J’éteins la lampe,
Allume le drap,
 
Ne dors
Qu’à moitié,
 
Assez.
 
 

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Homme,
Abandonné
Des hommes,
 
Tremblant
De froid
Et d’impatience,
 
Passant
De chaque jour,
 
À l’heure
Des troupeaux,
 
Je suis
Athée,
 
À tes
Côtés.
 
 

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Patience,
La charpente
Bouge.
 
Il est précieux
Le rêve
Profond.
 
Au-dessus,
La nuit
S’agite.
 
On ne perçoit
Que des ombres
 
Qui dansent.
 
 

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Des girouettes
M’ont blessé
– Querelles
De clochers.
 
Sur la place
Dérisoire,
Ça tourne
En rond.
 
Mais le vent
Splendide,
Loin des oracles,
Me fouette.
 
Ville traversée
– Pluie des pas.
Décembre
 
Rejoint.

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Pas de saison,
Pas de prière.
Le temps n’existe
Pas.
 
L’oiseau d’hier,
La fleur fanée,
Le muscle dur,
Et l’air si doux.
 
Pas d’océan,
Pas de rivière,
La mort n’existe
Pas.
 
Apaisé,
Descendre
Dans le cercueil
 
D’une horloge.

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Peut-être un
monde, là,
lumineux ;
 
Des mains
précises,
 
Des fenêtres,
Des portes.
 
Un matin, avec
Des dents
 
Dans le fruit.
Le rire avec,
 
– Naïve
Accomplie,
 
La part de tous.

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Des rides oui
Sur l’onde à peine
Preuves d’âge
 
Ce qui s’ignore
Tient debout
Dans ce livre
 
Je suis vaincu si
Je dors sur le
Miroir ancien
 
J’ai saisi
le pur moment
d’été
 
Ne parlez pas
J’étais si près
 
De vous
 
 
 

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Je sens le
Mufle de la
Foule entouré
De dogues.
 
L’indolence aux
Fenêtres – un azur
qui patiente.
 
Le rêve ravalé
D’enfance.
 
Je ne suis jamais
Loin de la roue qui
Déjante.
 
Las seulement un peu
D’un corps qui a
Du mal à s’aimer
 
Encore.

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Bien sûr
L’interminable
Nuit.
 
Le va-et-vient
Dans l’hôpital.
 
Chagrin caché,
Avenir muré.
 
Mais des mots
Murmurés.
 
Une main
Juste une main.
 
Une main
Humide,
Serrée.
 
Presque rien.
 
Par la fenêtre
 
Le ciel.

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Des mots
– Silex frottés –
 
Jaillit
Le feu
Dans l’eau
 
– Force
En dedans,
 
Forêt
Du sens,
 
Forme
D’élan
 
Folle
Enjambée.
 
Du corps,
Un chant :
 
L’accord
En sang.

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Étreindre un avenir
Couché. Le bleu du peintre
Tombe des fenêtres. Chaque jour
Commence. Là-bas le sable mat,
Les bruits du rêve et tout
Ce qui n’en finit pas.
 
Juste avant l’Apocalypse, quelqu’un
S’est endormi sur l’herbe. Il semble que
Personne ne saura que sa mort était
Si mystérieuse. De toute façon, la vie
Était déjà tellement criminelle.
 
La terre est renversée. Je vis
Dans un séisme fondamental et
Permanent, malgré la fièvre des
Jongleurs. La ville est masquée mais
La cage aux fauves ouverte. Ce soir
Quelqu’un me dit tout bas
 
Tout est possible.
 

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Ce soir, je ne suis personne

Et tu es l’univers.

La Terre s’éloigne lentement,

Laissant derrière toi

Le parfum de ton cou.

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Petites réflexions sur la poésie

La poésie n’est pour moi que la rencontre du lisible et de l’illisible. Ce sont là deux pôles diamétralement infinis. Mais ne me demandez pas de décréter les limites de l’un et de l’autre. Nous ne tomberons que rarement d’accord. Pendant plus d’un demi-siècle, j’aurai promené le curseur de ma langue d’une limite à l’autre, avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins de réussite, plus ou moins d’inconscience.

D’un côté, lorsque je poussais le curseur vers le lisible, j’avais souvent comme une impression de fadeur. Le sentiment qu’il y avait bien d’autres moyens d’exprimer cette lisibilité autrement que dans un poème ou une chanson. Autant lire les journaux quelquefois. Encore que. Ainsi je condescendais à m’adresser aux autres, les surplombant d’une supériorité ridicule, d’une pertinence indiscutable, imposant mes convictions alors que je ne faisais que m’essayer à quelque persuasion de moi-même. Combien de chanteurs ai-je entendu prétendre qu’ils s’érigeaient – en toute modestie – en porte-parole de leur génération ; combien ne se sentaient-ils pas – en toute humilité – les simples témoins de ce que pensait le plus grand nombre ; qu’ils ne faisaient que chanter tout haut ce que leurs spectateurs pensaient tout bas !

De l’autre côté, lorsque je poussais le curseur vers l’illisible, j’avais la curieuse impression de m’enfoncer dans une solitude, une esthétique élitiste, la sale manie de me draper dans une profondeur absconse qui ne cachait souvent que la vacuité de mon propos. Combien de poètes ai-je lu, leur livre me tombant souvent des mains ! Et pour combien d’entre eux ai-je pris leur reconnaissance littéraire pour la plus risible des impostures !

Pourtant, je n’ai jamais voulu appartenir vraiment à aucune de ces familles et en même temps, j’ai toujours souffert cycliquement de n’appartenir à aucune.

Au fond, j’étais et je suis aujourd’hui comme tout le monde : j’ai besoin d’être aimé. Alors, ce qui se passe lorsque je suis devant mon écran blanc, cette envie, ce besoin de me cogner au mur de ma langue maternelle – qui ne m’a d’ailleurs jamais rien demandé ! – cette langue qui me fascine et m’interroge tant elle est obscure et vénale, prétentieuse et vulgaire – tellement sublime aussi – elle m’est, je le sais, et me sera à jamais, par l’exercice de la poésie, cet indispensable lien entre ma vie profonde et inaccessible et la légèreté mystérieuse du monde. Elle n’a plus qu’à se promener comme le curseur décidément incontrôlable de ma poésie invisible. Librement.

Bruno Ruiz, 31 octobre 2021

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Tous ces gens qui se taisent,

tous ces gens qui se lèvent,

tous ces gens qui se cachent,

tous ces gens qui parlent

tous ces livres qui s’ouvrent,

toutes ces portes qui se ferment,

ces couperets qui tombent,

ces blessures mortelles,

il sera mort d’avoir pensé,

il sera mort d’avoir dit non,

certains se seront moqués de lui,

d’autres l’auront chanté,

on se sera souvenu de lui,

le temps d’une mémoire d’homme,

et tout recommencera,

et tout recommencera.

b

Bruno Ruiz, 2021.

b

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Il ne sait plus trop depuis quand il s’était habillé de cette tristesse infinie qu’il promenait sous un humour cynique et désabusé. Il voyait le monde en négatif, rendant suspicieux toute expression de la joie, vivait dans cette solitude construite et acceptée. Et il avait fini par croire en ce rôle de composition jusqu’au jour où Linda entra dans sa vie. Un à un, elle brûla tous ses masques aux flammes de ses grands yeux clairs et de ses larges sourires…

Bruno Ruiz, 2021.

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Une nuit je sonnerai à ta porte.

Tu ne m’ouvriras pas.

Tu ne sauras pas que c’est moi.

Tu dormiras.

Mais en sortant, il y aura un peu de moi

Dans la porte que tu toucheras.

b

Bruno Ruiz, 2021

c

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L’horloge de la bibliothèque indiquait presque dix-sept heures.

Un vieil homme lisait près d’une jeune fille.

– Puis-je savoir ce que vous lisez ? demanda-t-elle au vieil homme.

– Le Roland furieux de l’Arioste. J’essaie de me mettre à jour de tout ce que je n’ai pas lu dans ma vie.

– Alors vous n’aurez jamais assez de temps pour lire ce qui s’écrit aujourd’hui, dit-elle en souriant.

Et elle remit son casque sur ses oreilles.

c

Bruno Ruiz, 2021

c

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Il ne dit jamais tout.
Il n’a pas toujours raison.
Il se demande.
Il ne sait pas comment faire.
Il n’a rien à vendre.
Il rit quand il ne comprend rien.
Il pleure en cachette.
Il n’a aucun problème.
Il tourne autour du soleil.

Bruno Ruiz, 2021

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Ils étaient là sur la vieille photo.
Ils s’embrassaient sur le sable.
C’était un jeudi.
Un soir de tabac blond.
Quelque chose bougea dans l’air
et tout redevint blanc.
Le temps avait repris sa place.

Bruno Ruiz, 2021.

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Les yeux fermés,
Il entra dans les toilettes.
Marre de son corps.
Il voulait se vider.
Eviter les miroirs sales.
Ne plus être un élève.
Essayer encore d’écrire
Sans quitter le noir.

Bruno Ruiz, 2021

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Il faisait tout ce qu’il fallait. Il se levait, il mangeait, il dormait. Un jour il s’appelait Bertrand, un autre Clotilde. Un jour il se dépassa. Il se retrouva devant lui. Il ne se reconnut pas. Il disparut sans même un nom. Aujourd’hui, il fait ce qu’il faut. Il ne se rappelle plus.

Bruno Ruiz,2021.

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– Je n’avais pas prévu tout ce qui est arrivé aujourd’hui. Du coup, j’ai un peu peur pour demain.Si ça se trouve ce sera moins bien.
– Ne t’en fais pas. Garde confiance.
– Mais je ne te connais pas. Comment t’appelles-tu ?
– Je m’appelle Confiance.

Bruno Ruiz, 2021

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– L’amour est infini, tu comprends ce que je dis ? C’est la seule chose qui ne meurt jamais. Il l’étreignait, lui parlait à l’oreille parmi ses cheveux et ses larmes. Ses mots étaient silencieux mais ils entraient en elle. C’était un courant électrique très chaud. À la fin, ils se débranchèrent lentement. Ils étaient rechargés. Mais jusqu’à quand ?

Bruno Ruiz, 2021

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Il construisait une maison. Chaque jour, il y apportait sa pierre. Plus elle prenait forme, plus il disparaissait dedans. Quand elle fut à son tour hors de vue, Tout redevint comme avant. Ne restait qu’un paillasson quelque part…

Bruno Ruiz, 2021

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« Ce matin j’ai du silence partout, pensait-il. J’ai beau me laver. Je suis sans théâtre. À quoi bon s’habiller ? Dehors on est dedans. » Il pensait cela, Mais dans sa tête il avait déjà les jambes à son cou. Il n’en revenait pas d’être toujours vivant.

Bruno Ruiz, 2021

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Je suis le lecteur.
Celui qui se trompe de sens.
Je suis le poète.
Celui qui se trompe de lecteur.
Je suis le sens.

Celui qui est illisible.


Bruno Ruiz, 2021

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– Tout ce qu’on peut faire et qu’on ne fait plus aujourd’hui. Un oiseau s’était posé sur son genou. Au-dessus des arbres s’élevait la clameur de l’été.

– Tout ce que l’on aurait dû faire et qu’on ne fera plus. Ils se turent tous les deux. Leurs habits étaient dans l’herbe.

– Tout ce qu’il reste à faire. Là-bas un train entrait en gare pour ne jamais repartir.

Bruno Ruiz, 2021

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– Tu m’épuises, dit le poème. Va donc jouer ailleurs.
Le poète, vexé, vida sa dernière bouteille.
– Tu ne sais pas de quoi je parle ?
– Si.

Et le poème se retourna et s’endormit dans le tiroir.

Bruno Ruiz, 2021

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