Le dernier poème

Tu tournes dans ta tête qui tourne dans ton lit qui tourne dans ta chambre qui tourne dans ta maison qui tourne dans ton quartier qui tourne dans ta ville qui tourne dans ton pays qui tourne autour de la Terre qui tourne autour du soleil qui tourne autour de la galaxie qui tourne autour de l’univers, et ça tourne tellement loin de toi que tu ne te rends plus compte pourquoi tu tournes comme ça autour de l’univers, alors tu fais demi-tour et reviens par la galaxie qui tourne autour du soleil qui tourne autour de la Terre qui tourne autour de ton pays qui tourne autour de ta ville qui tourne autour de ton quartier qui tourne autour de ta maison qui tourne autour de ta chambre qui tourne autour de ton lit qui tourne dans ta tête, et tu te lèves, tu vas boire un verre d’eau à la cuisine, et tu te remets au lit parce que ça tourne trop dans ta tête qui tourne dans ton lit qui tourne dans ta chambre qui tourne dans ta maison, etc., etc.

Bruno Ruiz, 2020
Peinture, Vincent Van Gogh, La nuit étoilée, Saint-Rémy, juin 1889

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Parmi les monstres

À trop vivre à la surface, nous oublions nos abysses. Un ciel gris nous surplombe. Des fonds marins, nous viennent des ferveurs qui étanchent notre peur ancestrale des monstres. Nous apprenons à respirer dans des courants nouveaux. Nos mains s’emparent de nudités inconnues, de forces hybrides et de patiences insoupçonnées. Il nous faut d’abord apprendre à nous désunir pour accepter les autres. Le soleil est partout pour qui le désire. Moi je nage presque seul en eaux profondes avec ma lyre sur le dos. Je ne fléchis pas. Je serai toujours l’ami des algues sombres. Le corail est bien trop précieux pour qu’il soit à vendre.

Bruno Ruiz, 2020
Pablo Picasso, Frankenstein, 1931

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Le secret de l’ange

Peut-être y a t-il quelqu’un là-bas, derrière le mur aveugle ? Quelqu’un qui passe devant l’églantier, qui se confond avec les senteurs du chèvrefeuille. Moi je regarde en dedans. Je ne sais pas faire autrement en ce moment. Je suis attaché au soleil de la vitre, dans une effusion de poussières. Avril pourtant ne pourra pas m’anéantir. Tant que la mésange me regardera, je resterai présent. Peu importe si je confonds un peu tous les visages. Entre le nez et les lèvres, je connais le secret de l’ange. Je me sens tellement minuscule au milieu des étoiles. Ce que j’écris n’a pas plus d’importance qu’un chapeau de paille qui tombe dans l’herbe. J’ai rendez-vous ce soir avec la musique des absents, celle qu’écoutent tous ceux qui les pleurent. Ma joie est là, au milieu de leur chœur.

Bruno Ruiz, 2020
Paul Gauguin, Le Chapeau rouge, 1886

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