Infinir

 

Trouver un abri à l’orage.

Soulever l’azur.

Parler sans repère.

S’inter-dire entre les mots.

Enjamber le mur.

Se méfier du bel orateur.

Gravir le poème.

être l’x entre les deux sexes.

Prendre du recul pour être en avance.

Chercher le lieu entre l’idée et l’acte.

Inventer le présent.

Infinir.

Bruno Ruiz, 2020
Encre, Bruno Ruiz

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Classé dans 2020, Dans le désordre

Quelle époque !

Ce matin je regarde par l’orifice de l’hiver. J’y vois de nombreux mais faibles alliés. Je longe quelques tombeaux de vieux aimés. Si vous saviez comme il m’est difficile de me concentrer sur l’expression de la joie du monde. D’abord parce qu’il y a beaucoup trop de brouillard autour de moi et je ne suis pas sûr que son opacité ne me cache autre chose. Ensuite parce que j’ai moins de clefs dans ma poche que de serrures à ouvrir. En plus, non seulement je parle dans une langue minoritairement parlée sur la planète, mais ceux qui sont susceptibles de la comprendre ne la saisissent pas toujours dans ce que je prétends exprimer. Quelle époque !

Bruno Ruiz, 2020
Photo, Bruno Ruiz

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Classé dans 2020, Les infinis provisoires

La patate chaude de l’espérance

On avance avec sa vie dans les bras comme un enfant que l’on protège contre les puissances de mort. On ne sait où l’on va, de village en village, là où habite un peu de notre chaleur animale. On n’essaie de ne pas croire aux malédictions, aux récits de ces vieux voyageurs un peu menteurs. On interroge comme on peut les métamorphoses du corps et du cœur, le consentement de l’inéluctable. Et puis on s’efface dans les ruelles, emporté par l’orage de l’âge, au milieu des preuves irréfutables du grand vide, et l’on meurt pour que notre vie ait eu un peu de sens, avant d’avoir transmis à l’autre la patate chaude de l’espérance.

Bruno Ruiz, 2020
Photo, Bruno Ruiz

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Classé dans 2020, Les infinis provisoires

Traverser la forêt

Il ne faut pas accuser le monde, en vouloir à la terre entière. Il ne faut pas juger les hommes, les plonger dans la disgrâce. Ils sont une part de nous, de notre laideur et de notre beauté. Nous avançons dans une forêt, de clairière en clairière. Nous n’avons pour boussole que le soleil qui disparaît de temps en temps dans les hautes frondaisons. Nous ne déchiffrons jamais tout à fait le cri des chouettes, la trace au sol des hordes sauvages. Nous sommes faits de désirs et de sacrifices, de chant et de silence. Nous faisons naître et nous tuons. Nous portons tous en nous la joie douloureuse du temps qui passe.

Bruno Ruiz, 2020
Photo, Bruno Ruiz

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Des paroles et des actes

Ce matin j’ai écrit dans mon petit carnet : « Rebondir en soi pour se projeter plus loin. Être singulier ne veut pas dire être original. Ne pas mépriser les leçons qu’on me donne. Suivre mon chemin en tenant compte du fossé. Écouter attentivement les autres et revisiter régulièrement ses certitudes. » Et puis je l’ai remis dans ma poche. Je savais déjà tout cela avant de l’écrire mais j’avais besoin de le formuler encore une fois. De me parler à moi-même. Inlassablement. J’écris des recueils d’abord pour moi. Je me recueille donc. Le plus difficile pour moi est de m’affronter à ce que j’ai écrit.

Bruno Ruiz, 2020
Photo, Bruno Ruiz

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La merveille du jour

Je suis debout dans la merveille du jour. Je le vois bien, tout est en train de renaître autour de moi. Tout est à la gloire du printemps, de ces bourgeons qui cherchent violemment une lumière. Je voudrais accorder ma tête à ce diapason. Sortir de ces paralysies sous les gelées blanches, de cet interminable hiver qui n’a pas encore fini son étude. J’ai reçu de lui un prix ce matin. Il est modeste et sans paillette. C’est une phrase à hauteur d’être. Une phrase d’auteur en quelque sorte. Je ne l’écrirai pas. Je veux l’offrir à la grammaire de l’inutile. Au chant qui s’inscrit dans le vieux silence du monde. Car je pèse en ce jour le poids d’un acte qui me comble. Celui de mes fantômes qui retournent à la parole humide des hommes.

Bruno Ruiz, 2020
Photo, Bruno Ruiz

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Par la fenêtre

Je fais les courses dans le vent du parking. Ce matin j’ai acheté la lumière d’une source, une lavande oubliée par un jardinier et un livre sans fin. Je rangerai tout cela dans ma mémoire en rentrant. Ce soir, je consommerai mes produits en regardant les étoiles par la fenêtre. Je suis omnivore. Avant de m’endormir, je m’éclabousse toujours un peu d’imprévisible. Juste pour que demain ne commence pas exactement comme la veille. C’est une méthode fraîche de vieux consommateur. Depuis quelques semaines, je la renouvelle chaque jour en attendant l’arrivée des premières hirondelles.

Bruno Ruiz, 2020
Photo, Bruno Ruiz

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