Tu es la maison

unnamed.jpg

Tu n’es pas seul dans ta maison. Tu es avec ta présence. Un peu nerveuse un peu brouillonne. Tu traverses ta conscience et peut-être le commencement d’un nouveau lointain. Tu as tort pourtant de simplifier. Ce vers quoi on t’entraîne n’est pas forcément le bon écoulement. Prends pour boussole tes étoiles, celles à qui tu fais confiance pour la trajectoire. Trompe-toi peut-être, mais tente. Lève l’ancre et tente. Tout est encore possible si tu lis attentivement la notice. L’éblouissement est la mauvaise face de la lumière. Appelle. Essaie de comprendre les règles avant de les transgresser. Etre en retrait n’est pas être absent. Tu n’es pas seul dans ta maison. Regarde. Écoute l’autre. Tu es la maison.

Bruno Ruiz, 2020
Peinture, Félicie Vignat, 2018

Voir son œuvre magnifique sur https://www.instagram.com/felicie.vignat/?hl=fr

2 Commentaires

Classé dans 2020, Les infinis provisoires

Fragments

Je suis dans l’angle lumineux. L’endroit où le temps vagabonde. J’apprends à ne pas trop m’exposer. Se plaindre n’est pas très intelligent. Pourtant quelque chose est en train de nous voler le printemps. Moi, je n’ai besoin d’aucun mur. Le plus difficile c’est d’être à la fois profond et léger. Prendre congé définitivement de son enfance. Faire trébucher enfin la souveraine mémoire de ces images qui m’arrivent, déchirées, mélangées, incomplètes. Il me manque quelques outils sur la panoplie. Des bribes de langues. Des fragments d’inscriptions. Un jour, je rejoindrai l’ensemble. Je serai enfin l’humanité toute entière. Pour l’instant, je ne rassemble que des fragments.

Bruno Ruiz, 2020
Calendrier de Coligny. Daté du IIe siècle, ce calendrier recèle des inscriptions d’un calendrier en langue gauloise. Il est exposé au Lugdunum, musée des antiquités gallo-romaines de Lyon.

Poster un commentaire

Classé dans 2020, Les infinis provisoires

Les faux guerriers

Le bonheur est une méthode. C’est aussi un combat contre les forces d’un désespoir légitime. Nous avons en nous la vitesse du vent, l’opiniâtreté de l’abeille. Nous avons la patience de notre usure et nous savons le poids de nos léthargies. C’est à nous d’assiéger la grâce infinie du monde. De consentir à vivre. Il y aura toujours du soleil pour ceux qui le célèbrent. Ce matin, j’ai décidé de n’être captif de rien. J’embarque. M’envole au sol. J’entre dans le poumon des platanes. Je suis là-bas l’océan de mon enfance. Je ne m’adresse qu’à la beauté des hommes. Je laisse en moi s’éteindre lentement l’incendie des faux guerriers. 

Bruno Ruiz, 2020
Peinture de Elisabeth Champierre, sans titre, 2012.

Retrouver les peintures magnifiques de mon amie Elisabeth Champierre ici https://www.elisabethchampierre.com/

 

Poster un commentaire

Classé dans 2020, Les infinis provisoires

Dedans dehors

Demeure, demeure ! Je suis enfermé avec la joie. Je me voisine. J’essaie de résoudre tous mes inachevés. Donner de la couleur à la ligne. Voir à travers. De travers. S’inscrire dans le grand dessin terrestre. Une incandescence matinale. Un aboiement d’homme égaré. Me glisser dans la sensualité de la fenêtre. Prendre appui sur le silence. Être à l’œuvre. J’ai su me vêtir ce matin d’une nudité agissante. Les yeux grands fermés sur le printemps interdit. Je vous rencontre. Vous rends compte. Conte du jour au milieu de l’attente. Je suis à loisir l’oiseau sur la branche. Le souvenir d’un jardin peint. Je n’irai pas marcher. Ici s’arrête mon voyage en tête.

Bruno Ruiz, 2020
Pierre Bonnard, Fenêtre ouverte, 1921

Poster un commentaire

Classé dans 2020, Les infinis provisoires

La parole des sans-pouvoir

Quelqu’un parle. Il ne croit pas aux évidences, à la transparence. Il connaît l’approximation des mots. Il s’expose à l’écoute des autres. Se fragilise. Il est seul au milieu du froid. Il a peut-être tort, il le sait. Il n’impose que ses doutes, les dit calmement, à voix basse pour n’être entendu que par ceux qui font l’effort de l’écouter. Il se donne à une vérité, la sienne. Ne donne aucune leçon. Il exprime seulement sa part discutable, les reliefs d’un profond silence partagé. Peu importe qu’on le croie ou non. Sa voix viendra rejoindre l’infini murmure des hommes sans pouvoir, un appel lointain et sans réponse.

Bruno Ruiz, 2020
Le cri, Edvard Munch, 1893

Poster un commentaire

Classé dans 2020, Les infinis provisoires

Un petit pas de danse derrière la vitre

Printemps. Inexorable printemps. Printemps derrière la vitre. Ascension considérable. Herbes revenues des entrailles terreuses. Printemps qui a su lui aussi attendre. Accords imparfaits des mésanges. Printemps qui nous aura fauché en plein vol, nous appelant de toute la puissance de ses sèves. Printemps des réconciliations, montant des fondations du temps et des hommes. N’en veux pas à cette main brûlante de fièvre qui hésite, cette obligée distance entre les corps, cet élan seulement à demi esquissé. N’en veux pas à toute notre absence pour célébrer la plus belle de tes insurrections. Nous ne t’oublions pas. Tu es en nous, Printemps, et le moment venu, malgré toutes les morgues d’Hiver, nous saurons te faire entendre ce que nous n’avons jamais cessé d’espérer. Un petit pas de danse dans la foule de nos villes retrouvées.

Bruno Ruiz, 2020
Henri Matisse, intérieur bocal de poissons rouges, 1914

Poster un commentaire

Classé dans 2020, Les infinis provisoires

Le grand roman des hommes

Tout ce que je touche, tout ce qui me touche, qui est près de moi, si loin, trop loin, toutes ces peaux interdites, ce mouvement des corps, cette faïence des matins clairs, ces vieilles ombres somnolentes sur les bancs déserts, tout ce savoir qui s’affaire dans la ferveur des laboratoires, cet élan vers l’autre, ces nouveaux échanges qui s’inventent, ces mots anciens qui cherchent une langue nouvelle, cette langue nouvelle qui cherche un lecteur ancien, toutes ces résolutions dans la confusion, toute cette force précieuse dans nos mains qui tremblent, cet inconcevable demain dessiné dans ce présent qui nous confine, ces constructions paisibles, ces contributions possibles, ces murs qui vacillent, ces horizons qui s’ouvrent et se referment, toute cette science du cœur qui se déploie dans ces nouveaux temps, il était donc toujours là devant nous, nul ne l’avait fermé ce grand roman des hommes qui s’écrit encore avec nous à chaque seconde.

Bruno Ruiz, 2020

 

Poster un commentaire

Classé dans 2020, Les infinis provisoires