Hôpital des enfants

Livres/CD


2003/2005 Ces mots essentiels

Textes écrits par les adolescents de l’Hôpital des Enfants du CHU de Toulouse entre décembre 2003 et janvier 2005

Nawal, Marion, Michel, Sarah, Laura, Si la beauté du soleil / Jade, Benoît, Kareen, Aurore, Marion, Dans mon mouchoir / Carlos, Julien, Ces mots essentiels / Smaïm, Séance de massage / Ludivine, David, Fleur d’étoile / Laura, C’était à Colomiers / Liza, Héla, Le Pays des merveilles / Lorenn, Liza, Pauline, Anne, Leslie, Le Fardeau / Sophie, Anne-Laure, Ana, J’attendrai / Céline, Célia, Smaïn, Nadia, Je suis le saumon pastel / Marion, À la lueur de tes yeux / Eléa, Enterrement / Sophie, Regarde maman / Héla, Hurler pour se faire entendre

Ateliers dirigés par Bruno Ruiz

Montage : Bruno Ruiz / Musique : Bruno Ruiz et Jacques Rouanet (sauf Ces mots essentiels : musique : musique Julien Zengarli) / Interprétation : Bruno Ruiz (chants chœurs et récitatif) / Arrangements et toutes parties claviers : Jacques Rouanet / Prise de son, mixage et mastering : Marc Dubezy / Enregistré au Studio au Studio CDM-Cour des Miracles du 18 au 25 avril 2005 / Maquette et illustration couverture : Alex Roger / Peinture intérieures : Hélène Rivière et Louis Chavant.

Merci à l’Association Vœux d’Artistes Midi-Pyrénées et à son président Pierre Valero, pour avoir financé l’ensemble des ateliers au chevet des enfants, et participé en partie au financement de cet ouvrage / Merci à l’Association Le Puits pour avoir participé gracieusement à son édition / Merci à Mlle Hélène Rivière ainsi qu’à M Louis Chavant qui nous ont permis généreusement la reproduction de leurs œuvres / Merci aux équipes d’enseignants et d’éducateurs de l’Hôpital des Enfants, en particulier Mme Florence Caput et et M Yvon Franquine qui furent de précieux médiateurs / Merci aux équipes de soins pour leur accueil chaleureux / Merci à M Eric Fabre-Maigné, responsable culturel et instigateur du projet dès son origine / Merci à l’Association Hôpital-Sourire / Merci à tous les enfants pour leur confiance et la beauté de leur parole / Merci à toutes les familles qui ont eu le courage et la générosité d’en accepter l’édition

BR

À propos de ces ateliers d’écriture

Auteur-compositeur interprète de métier depuis maintenant près de trente ans, cela fait vingt ans que j’anime entre autres, des ateliers d’écriture avec des adolescents. C’est sans doute pour cela, et parce que j’avais déjà eu l’occasion d’intervenir en milieu hospitalier à l’hôpital psychiatrique de Picon près de Bordeaux, ainsi qu’à I’I.M.E.de Libourne avec des enfants autistes entre 1979 et 1980 que je fus sollicité dans le cadre d’Hôpital-Sourire, par M.Eric Fabre-Maigné, pour intervenir à l’Hôpital des enfants du CHU-Purpan de Toulouse.

Cet atelier d’approche créatrice d’écrits poétiques, je l’ai propose et mené à la demande des enseignants de l’école, de septembre 1999 à avril 2001. Après une interruption d’une année scolaire due à des difficultés de financement, j’ai pu reprendre l’activité entre janvier 2004 et janvier 2005.

L’atelier s’est déroulé à raison de six séances par trimestre, environ deux après-midi par mois de 14 h à 18 h. Il a concerné environ deux cents enfants au cours des deux premières périodes et une cinquantaine d’enfants hospitalisés dans différents services au cours de la dernière année.

Lors d’un entretien préalable avec l’équipe d’enseignants et d’éducateurs, j’ai souhaité que mon travail soit réévalué chaque trimester, que mes interventions se fassent plutôt en direction d’adolescents à partir de treize ans et que le travail d ‘écriture privilégie l’expression individuelle et intime, plutôt que ludique et collective.

Il s’est avéré que le choix des enfants pour l’atelier ne pourrait se faire que par le biais des enseignants et surtout des éducatrices qui demeuraient sur place au quotidien.

Ce sont donc eux qui avaient pour tâche de préparer ma venue, la proposant à ceux qu’ils estimaient susceptibles d’être intéressés par l’écriture poétique. Présenté par eux au chevet de l’enfant, je pouvais alors assurer le relai.

Avant chaque séance, l’enseignant ou l’éducatrice me donnait la liste des enfants à consulter dans l’après-midi, ainsi que quelques indications à leur sujet : sexe, âge, pathologie particulière, état de santé, état d’esprit du moment, etc.

Chaque rencontre se présentait de façon différente. Selon l’état de fatigue, de douleur ou d’abattement pour les uns, d’impatience, de réticences ou d’inhibition pour les autres, j’explorais avec eux leurs centres d’intérêt, leurs goûts divers, en particulier pour la lecture, mais aussi pour le sport ou la danse, la musique ou le cinéma. Je m’intéressais à leurs préoccupations actuelles : séparation du milieu familial, solitude, hospitalisation, immobilisation, etc.

Ainsi, je devenais leur confident provisoire – le «je ne suis que de passage… » –, et les conditions d’écriture pouvaient se mettre en place.

La durée de l’entretien variait d’une à trois heures. C’est toujours dans cette période que s’écrivait le texte. Afin d’ouvrir leurs champs lexicaux, dans certains cas, je leur proposais, s’ils le souhaitaient, plusieurs listes de mots qui pouvaient servir de point de départ à leur texte.

Parfois, l’immobilisation physique ou le manque d’envie de rédiger eux-mêmes, m’obligeait à écrire sous leur dictée. Au fur et à mesure que le texte progressait, je demandais des précisions sur le sens des mots qu’ils avaient choisis, sur la forme temporelle utilisée, etc. J’interrogeais avec eux les images qu’ils avaient inventées. Je posais des questions pour clarifier leurs propos. Tantôt nous essayions de décrypter des phrases mystérieusement écrites, tantôt je leur lisais des textes écrits par moi ou d’autres poètes, en écho, en résonance, en correspondance avec les leurs. Ensemble, nous cherchions des analogies, quelquefois au travers de poèmes écrits par d’autres enfants, comme eux hospitalisés.

Le texte n’était terminé que lorsqu’il était accepté dans sa forme définitive, chacun s’engageant oralement à une éventuelle publication. Comme je ne les revoyais pas, pour la plupart, je leur donnais une adresse où ils pourraient m’écrire. Ainsi ai-je recueilli bien d’autres poems qui m’ont été postés ou « mailés »après coup, quelquefois écrits antérieurement, quelquefois postérieurement à notre rencontre.

La structure même de l’hôpital en services isolés, l’hospitalisation la plupart du temps de courte durée et l’état de santé des enfants souvent très faibles n’ont pas permis de faire régulièrement de lecture par et avec eux. Cependant, à deux reprises, en juin 2000 et juin 2001, j’ai réalisé un montage des textes écrits au cours de chaque année scolaire. Avec la collaboration d’un musicien, Jacques Rouanet, nous avons mis en musique quelques-uns de ces poèmes, et nous avons donné deux représentations à la ludothèque de l’hôpital, devant les personnels et les malades hospitalisés du moment avec leur famille, mais aussi certains autres, revenus pour l’occasion avec leurs parents et amis.

Ces deux montages, enregistrés en juillet 2002, ont fait l’objet d’un livre-CD En Vies, qui contient la totalité des textes au cours de ces deux années. Ces Mots essentiel correspond à l’ensemble des textes de 2003 à 2005.

Ces interventions de sensibilisation poétique de la langue ont permis de rassembler des expressions d’adolescents confrontés malgré eux à l’imminence de la mon réelle en raison de pathologies lourdes : maladies rénales nécessitant une dialyse, leucémies, cancers, maladies génétiques incurables diverses, orphelines, etc. mais aussi d’autres, – souvent des adolescantes – concernés par l’atelier, aux troubles affectifs graves ayant entraîné parfois plusieurs tentatives de suicide, quelquefois à la suite de violences corporelles ou sexuelles.

Le croisement de ces deux populations, se répondant, se dynamisant, s’interpellant par les mots de ces auteurs qui ne se seront finalement jamais rencontrés, aura permis l’exploration d’un nouvel espace de communication à l’hôpital. Car, bien entendu, il ne s’agissait pas de faire croire à ces enfants qu’ils suffit d’exprimer ses sentiments pour écrire de la poésie. La poésie ne peut exister que s’ il y a un véritable travail durable sur la langue, travail inscrit dans une expérience de vie. Cette approche, cependant, aura permis d’investir de nouveaux territoires d’expression, différents et complémentaires du champ médico-psycho­thérapeutique, différents et complémentaires de celui de l’animation des loisirs éducatifs et ludiques, sans parler de celui de l’enseignement du français, axé, par définition, sur l’acquisition indispensable des mécanismes de la langue et ses évaluations scolaires.

Bruno Ruiz,Toulouse, le 23 février 2005


2000/2002 En Vies

Textes écrits par les adolescents de l’Hôpital des Enfants du CHU de Toulouse

2001/2002

Magali, Amies assises autour d’une même table / Thomas, Hamida, Cyril, Hamida Michel, Askel, Soleil rouge / Osiris, Adrien, Thomas, Emmanuelle, Marie, Julien, Marie, Thomas, Gabrielle, Saint-Paulin, La mer dérive sur la terre / Nadia, Yannic, Nadia, Yannic, S’aimer profondément / Amandine, La vie est un gant de boxe / Bouchra, Histoire de réincarnation / Amandine, Laura, Charlotte, Ghina Mathilde, Ghina, Andy, Ghina, Alice, Léa, Maladie, le soleil d’Oran

2000/2001

Léa, Hamid, Ornella, Audrey, La plus belle chose c’est de vivre / Ornella, Audrey, Laura Audrey, Ornella, Danse dans les nuages / Mélissa, Audrey, Fany, Sandra, Alice, Audrey, Je me tiens dans une ombre de vie / Mohammed, À maman / Fany, Audrey, Ornella, Audrey, Muriel, Aurélie, Audrey, Je demande le bleu / Audrey, Je suis une adolescente sereine / Alice, Gérald, Je vais te raconter une histoire / Mohammed, La femme que je vois

Montage : Bruno Ruiz / Musique : Bruno Ruiz et Jacques Rouanet / Interprétation : Bruno Ruiz (chant et récitatif) / Arrangements et toutes parties claviers : Jacques Rouanet / Prise de son et mixage : Olivier Brousse / Enregistré au Studio Le Graal du 7 au 11 juillet 2002

Vous qui n’êtes jamais entré dans un hôpital

                  avec un enfant brûlant dans les bras,

Vous qui n’avez jamais été concerné

                  par la sirène d’une ambulance,

                  quelque part perdu entre les chariots,

                  dans le couloir des urgences,

Vous qui n’avez jamais traqué, dans le regard, le geste,

                  l’attitude d’un homme en blouse blanche,

                  ce que vous redoutiez d’entendre,

                  ce que vous espériez que l’on vous dise,

Vous qui n’avez jamais relevé votre enfant au sol,

                  blessé à la hanche de son avenir,

                  fauché dans son envol,

                  avec ses ailes tombées près des margelles

                  aux premières tempêtes,

Vous qui n’avez pas vu, impuissant,

                  votre enfant combattre

                  dans l’huile de l’indifférence,

                  Avec le plomb dans les artères,

Entre les rémissions et les rechutes,

                  l’inéluctable et le provisoire,

Avec l’impatience des dernières analyses,

                  Les mots qui terrifient,

Enfants de la première douleur,

                  abandonnés à une autre jeunesse,

Avec l’ennui qui traîne dans les chambres sans âme,

L’ennui comme une attente interminable,

Enfants de la différence, du handicap, tutoyant des abîmes mortifères, inavouables,

Enfants éperdus de futurs, abrutis de vie

Entre les mains bienveillantes de ceux qui soignent,

                  qui cherchent,

Enfants au bout d’une caresse maternelle,

                   d’un sourire paternel,

Sachez qu’il est un univers

                  où notre existence peut prendre,

face à l’irréversible,

L’incroyable envergure de l’amour.

Toulouse, le 12 juin 2002

Pendant deux ans, dans le cadre du projet culturel de l’Hôpital des Enfants du CHU de Toulouse, je me suis rendu au chevet d’adolescents malade. De ces entretiens individuel désirés par chacun, sont nés ces poèmes souvent très intimes qui nous disent la profondeur de leur solitude, de leur douleur et de leur désespoir face à la maladie ou au suicide, mais aussi nous donnent une incroyable leçon de vie.

J’au cru bon de rassembler et de chanter certains de ces poèmes qui souvent se répondent, alors même que leurs auteurs ne se connaissent pas et ne se rencontreront peut-être jamais. Que les autres me pardonnent : mon choix n’était guidé par aucun critère de valeur ou d’intérêt esthétique, – ce livre/disque qui contient la totalité des textes écrits est là pour en attester – mais seulement par un souci de durée et de cohérence artistique d’ensemble.

Tous dessinent une mosaïque sensible qui privilégie souvent la confidence au ludique, et qui, je pense, permettra de mieux comprendre l’utilité de la poésie, cette parole libre et hors de l’espace thérapeutique, née de ces jeunes voix fauchées à l’aube de leur vie.

Bruno Ruiz