Archives de Catégorie: Dans le désordre

Infinir

 

Trouver un abri à l’orage.

Soulever l’azur.

Parler sans repère.

S’inter-dire entre les mots.

Enjamber le mur.

Se méfier du bel orateur.

Gravir le poème.

être l’x entre les deux sexes.

Prendre du recul pour être en avance.

Chercher le lieu entre l’idée et l’acte.

Inventer le présent.

Infinir.

Bruno Ruiz, 2020
Encre, Bruno Ruiz

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Classé dans 2020, Dans le désordre

L’eau n’a pas de commencement

La somme des lèvres sera toujours plus grande que la somme des baisers.

J’aurai eu plus de rêves que de nuits.

La mer n’a jamais qu’un seul horizon.

Je ne lis jamais le même poème.

Il faut faire confiance à ses doutes.

Le juge doit toujours être un peu condamnable.

Le fleuve est la preuve qu’il faut accepter de s’éloigner de la source.

Je ne m’évade jamais qu’au milieu des bornes.

Naître, c’est apprendre à choisir.

Je ne suis jamais nu quand je parle.

Le chant est l’amant du silence.

Il y aura toujours moins de mots que tout ce que j’ai à vous dire.

Bruno Ruiz, 2020
Photo, Bruno Ruiz

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Classé dans 2020, Dans le désordre

De la bouteille

La bouteille ne sera jamais vide. Il y aura toujours un violon qui traîne au coin d’une rue. Un astronaute pour entrer dans une fusée, un silence après la musique. Quelque part les lignes parallèles se rejoignent. La pluie remonte au ciel. La terre efface les morts. Il y aura toujours un temps qui ne s’arrête jamais. Une porte qui s’ouvre et qui se ferme. Il y aura toujours un visage pour sourire tant qu’il y aura des yeux pour le voir. Ce matin je me rase. Rien n’est perdu. Tout ce qui s’use disparaît lentement dans la buée du miroir. Non, la bouteille ne sera jamais vide tant que je veillerai à la remplir.

Bruno Ruiz, 2019

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La joie qui dure

Je vis ce matin dans le muscle engourdi de l’hiver. Dans le froid exorbitant de ma mémoire. Ma barque est immobile dans les glaces. Elle attend la renaissance des eaux. Un ciel rouge sur ma tête. Mon visage est humide mais je ne pleure pas. Le temps me hache. Je mords de l’air. Ainsi vont les aigus de mes gammes. La mystérieuse roue sur le chemin de terre. Je n’ai pas de couleur à vous offrir. Je n’ai que ce fil fragile auquel je m’accroche pour vous rejoindre. Demain est si pointu. J’espère en ce qui dure, cette vie dans la bouche, ce tremblement de mes membres. Je n’ai pas peur du châtiment. Je veille à la joie qui dure.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Quelqu’un à sa fenêtre

J’ai reçu un jour la leçon du monde par la constellation des hommes. Je les ai cherchés dans les débris de leur naufrage, lu sur des lèvres mortes. J’ai trouvé même quelques-unes de leurs grâces dans de drôles de poubelles. J’ai dépierré la route qui menait au grand mur. J’aurai rompu avec tant de chaînes que je confonds encore aujourd’hui les horizons. Pourtant je grince toujours des dents pendant mon sommeil. A croire que le livre n’est pas encore fini. Il me reste encore à danser sur quelques tombes pour effrayer la mort. Mais je ne cueillerai plus de fleurs. Je laisse désormais les choses s’accomplir. Ne m’en veuillez pas trop : j’aurai aimé la vie un peu comme quelqu’un à sa fenêtre.

Bruno Ruiz, 2019
Gustave Caillebotte (1848-1894), Jeune homme à la fenêtre (1876)

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La légende du monde

Il n’y aura pas de déluge. Nous étions déjà dans l’abîme. Nous y regardions tomber les morts sans trop savoir pourquoi. On le sait depuis le commencement. Il n’y a que le temps qui extermine les hommes. Nous sommes condamnés à la contemplation des gouffres, à l’exploration des vertiges cosmiques. Et toi que le vent dérange tellement, toi qui ne parles pas, les pieds plantés dans la terre du chemin, tu sais si bien t’éloigner vers moi. C’est le paradoxe de ceux qui aiment. Tout est sans retour. Rien ne se retient vraiment. Je suis si minuscule que les insectes me font de l’ombre. Nous sommes condamnés à rester ici puisque telle est la légende du monde.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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La petite porte

La porte s’ouvrira dans un immense élan de joie. Les geôliers ne nous diront rien. Ils nous laisseront passer, la tête haute. L’heure disparaitra derrière nous. Nous aurons pris acte nous-même de nos erreurs. Nous ne serons plus des abandonnés. Nous serons fiers de ce que nous aurons accompli. Nous serons une part du miracle. Un noyé définitif. Un chien sans maître. Ne me dites pas que vous n’avez jamais songé à cet ultime moment lorsque vous précipitiez des morceaux de soleil dans les eaux sombres du fleuve. Avouez-le, vous ne le faisiez pas par hasard, sans arrière-pensée. Moi je serai sorti comme j’étais entré. Par la petite porte. Et ce n’était écrit nulle part.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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