Archives de Tag: Dans le désordre

La légende du monde

Il n’y aura pas de déluge. Nous étions déjà dans l’abîme. Nous y regardions tomber les morts sans trop savoir pourquoi. On le sait depuis le commencement. Il n’y a que le temps qui extermine les hommes. Nous sommes condamnés à la contemplation des gouffres, à l’exploration des vertiges cosmiques. Et toi que le vent dérange tellement, toi qui ne parles pas, les pieds plantés dans la terre du chemin, tu sais si bien t’éloigner vers moi. C’est le paradoxe de ceux qui aiment. Tout est sans retour. Rien ne se retient vraiment. Je suis si minuscule que les insectes me font de l’ombre. Nous sommes condamnés à rester ici puisque telle est la légende du monde.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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La petite porte

La porte s’ouvrira dans un immense élan de joie. Les geôliers ne nous diront rien. Ils nous laisseront passer, la tête haute. L’heure disparaitra derrière nous. Nous aurons pris acte nous-même de nos erreurs. Nous ne serons plus des abandonnés. Nous serons fiers de ce que nous aurons accompli. Nous serons une part du miracle. Un noyé définitif. Un chien sans maître. Ne me dites pas que vous n’avez jamais songé à cet ultime moment lorsque vous précipitiez des morceaux de soleil dans les eaux sombres du fleuve. Avouez-le, vous ne le faisiez pas par hasard, sans arrière-pensée. Moi je serai sorti comme j’étais entré. Par la petite porte. Et ce n’était écrit nulle part.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Accomplissement

Maintenant il faut que le nouveau jardin s’accomplisse. Il faut accueillir les salamandres. Notre volonté est commune. Il faut accepter le nombre, le deuil et les racines. Il faut savoir dire adieu et bonjour. Creuser des tunnels pour joindre les puits de jours. Des ombres s’en viennent du plus profond de nos laideurs. Il nous faut augmenter les couleurs, la multitude des possibles, ne pas redouter l’œil du cyclone et faire face à l’épouvante. Demain est incertain. Qu’importe si l’étreinte est exacte. Nous entrerons dans l’impénétrable avec les mots d’un printemps neuf. Nous aurons compris l’incendie pour mieux l’éteindre. Nous étions aussi dans la parole de nos ennemis.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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