Archives de Tag: Dans le désordre

De la bouteille

La bouteille ne sera jamais vide. Il y aura toujours un violon qui traîne au coin d’une rue. Un astronaute pour entrer dans une fusée, un silence après la musique. Quelque part les lignes parallèles se rejoignent. La pluie remonte au ciel. La terre efface les morts. Il y aura toujours un temps qui ne s’arrête jamais. Une porte qui s’ouvre et qui se ferme. Il y aura toujours un visage pour sourire tant qu’il y aura des yeux pour le voir. Ce matin je me rase. Rien n’est perdu. Tout ce qui s’use disparaît lentement dans la buée du miroir. Non, la bouteille ne sera jamais vide tant que je veillerai à la remplir.

Bruno Ruiz, 2019

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La joie qui dure

Je vis ce matin dans le muscle engourdi de l’hiver. Dans le froid exorbitant de ma mémoire. Ma barque est immobile dans les glaces. Elle attend la renaissance des eaux. Un ciel rouge sur ma tête. Mon visage est humide mais je ne pleure pas. Le temps me hache. Je mords de l’air. Ainsi vont les aigus de mes gammes. La mystérieuse roue sur le chemin de terre. Je n’ai pas de couleur à vous offrir. Je n’ai que ce fil fragile auquel je m’accroche pour vous rejoindre. Demain est si pointu. J’espère en ce qui dure, cette vie dans la bouche, ce tremblement de mes membres. Je n’ai pas peur du châtiment. Je veille à la joie qui dure.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Quelqu’un à sa fenêtre

J’ai reçu un jour la leçon du monde par la constellation des hommes. Je les ai cherchés dans les débris de leur naufrage, lu sur des lèvres mortes. J’ai trouvé même quelques-unes de leurs grâces dans de drôles de poubelles. J’ai dépierré la route qui menait au grand mur. J’aurai rompu avec tant de chaînes que je confonds encore aujourd’hui les horizons. Pourtant je grince toujours des dents pendant mon sommeil. A croire que le livre n’est pas encore fini. Il me reste encore à danser sur quelques tombes pour effrayer la mort. Mais je ne cueillerai plus de fleurs. Je laisse désormais les choses s’accomplir. Ne m’en veuillez pas trop : j’aurai aimé la vie un peu comme quelqu’un à sa fenêtre.

Bruno Ruiz, 2019
Gustave Caillebotte (1848-1894), Jeune homme à la fenêtre (1876)

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