Archives de Catégorie: 2019

Éteindre

Sur l’écran la flèche

Mais pas une direction ;

Éteindre l’ordi.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

 

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Monotone

Non

Rien n’est dangereux dans l’invisible
Au théâtre d’Hypnos

Il faut aimer le monotone
Sonotone

L’habiller même de hardes
Se jouer de lui

Au sortir de la coquille
Une foi

Une ferveur jaillie de la foule

Une lumière lointaine
Des lauriers

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Calendrier

Le calendrier

N’entre plus dans la poubelle ;

Il n’a plus qu’un jour.

 

 

Bruno Ruiz, 2019

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Crépuscule

Et ce qui grince au fond du rêve
Venu fuyant

Le cri lancinant d’un silence

La faillite d’un sanglot
La colère gisante

L’abandon d’une bride dans le galop

Le blé affalé de l’orage

C’est la ligne rouge franchie
Devant le crépuscule

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Pluie

Les voitures passent

La pluie fait chanter leurs roues ;

C’est jour de colère.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

 

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Là-bas

Là-bas le vent se lève

Des racines tenaces

Une porte bat

Midi résonne sur les nuques

Le sang dans le sable

Qui tombe

 

 

Bruno Ruiz, 2019

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Le vide détendu

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Car le temps dévore le temps
Si pâle celui du dernier jour

La faim captive

Une mangue sur le sable
Une bouche pour l’onde

Le temps qui précède est celui qui arrive
Un temps à l’aplomb de l’exact

Ce qui blesse est sur la balance

Un vide détendu

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Rossignol

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Il est dans l’oreille

Le doux chant du rossignol ;

Absent ce matin.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Encre, Bruno Ruiz

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Immense

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Ah descendre encore
Au milieu des vents contraires

Cravacher le vertige

C’est un murmure blanc
Une lame qui lentement s’enfonce

Mais toujours quelque chose se lève
Un débris une cendre de l’achevé

Et même si le corps penche
Même si la chair brûle

Vivre sera demain

Immense

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Dessin, Bruno Ruiz, 2019

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Livres

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Ils ne disent rien

Ces livres sur l’étagère ;

Ils bercent des mots.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Personne jamais ne part

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Il suffisait d’une certitude
D’un regard scellé sur quelques rouilles

Il suffisait d’une aube et d’un visage
D’un masque tombé au milieu des ruines

Le chant appuyé à la raison d’aimer
Une chair endormie dans la nuit

Il suffisait d’une lune accomplie
D’une main qui pardonne à l’onde

Une rencontre guérie

Des larmes dans le feu

Personne sur la branche
N’est jamais froid d’amour

Personne jamais ne part

Personne n’est tenu de vivre

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Mer

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Toute cette mer

Qui revient et qui s’en va ;

Mais où donc va-t-elle.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Le bec

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En ce jour qui fête les enfants, je voudrais vous raconter un très vieux souvenir qui est remonté de ma plus petite enfance. Cela se passait dans la cour de l’école maternelle. Je devais avoir quatre ans. Peut-être moins. J’étais avec Catherine, une petite fille de mon âge que j’ai aujourd’hui perdue de vue. Elle était très jolie et je l’aimais comme cela veut dire à cet âge. Elle était lumineuse. Elle avait des yeux bleus très clairs. La tête en l’air, nous regardions tous les deux les rais de soleil qui passaient par les hautes frondaisons des platanes.

Un petit garçon s’approcha de nous. Il était sale. De la morve tombait de son nez. Sous ses cheveux bruns perçaient des yeux noirs, tristes, terribles. Il s’appelait Alain Allard. Par son nom, c’était le premier à marmonner « présent » quand la maîtresse faisait l’appel. C’était aussi sûrement le seul moment dans sa vie où il était le premier. C’était le fameux mauvais élève, celui qui reste à l’écart. Celui avec lequel il ne faut pas être ami. Par la suite, nous nous suivîmes sans nous dire grand chose jusque dans les premières classes du primaire. Ayant quitté la ville je perdis complètement sa trace.

Il était donc là, devant moi, en culotte courte, s’adressant à la belle petite Catherine. D’une main il se grattait la braguette, de l’autre il tendait entre ses doigts aux ongles noirs une feuille vert tendre de fusain qu’il avait arrachée à la haie de la cour de l’école.

– Tu veux bien me mettre cette feuille dans mon bec ? demanda-t-il à Catherine en reniflant et en se grattant toujours.

Pour que vous compreniez bien mon histoire, il faut que vous sachiez que lorsque ma tante faisait ma toilette dans une grande bassine, elle appelait mon tout petit pénis « le bec ». Se toucher « le bec », grondait-elle, était quelque chose qu’il ne fallait jamais faire.

Alain Allard était là, la main tendue avec sa feuille de fusain vers Catherine qui le regardait. Elle le regardait avec un regard qui exprimait un grand dégoût.
Je ne disais rien.
Je n’aurai pas voulu être à la place d’Alain Allard.

Soixante années se sont écoulées.
Je suis à présent à la fenêtre de ma cuisine.
Je regarde les oiseaux sur la terrasse.
Une petite mésange s’est posée sur la rambarde.
Elle fait sa toilette.
Je ne sais pas pourquoi je repense à Alain Allard qui se grattait la culotte en tendant sa feuille de fusain à la jolie Catherine.
Pourtant, soudain, tout s’éclaire en moi.
Non, Alain Allard ne parlait pas de son sexe.
Il se prenait pour un oiseau.
Simplement.
Il voulait jouer avec nous.
Il voulait juste que la jolie Catherine soit sa petite maman qui mettrait la feuille de fusain dans le bec de son oisillon.

Pardon Alain.

Mon souvenir veut te réhabiliter ce matin.

Là où tu es aujourd’hui, je suis sûr que tout le monde a bien compris qui tu es. Qui tu es devenu enfin pour de vrai.

Un bel oiseau dans le ciel qui cherche à nourrir lui aussi ses petits.

Avec son bec.

Bruno Ruiz, 2019

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Mésange

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Voici la mésange

C’est pour l’arbre qu’elle chante ;

Il tremble de joie.

 

 

Bruno Ruiz, 2019

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L’odeur du monde

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Ce soir le rideau est tiré

Des chemins s’effacent
Et de nouvelles paupières s’ouvrent

Après tant d’années d’habitude
Comme elle est tendre la fatigue qui dort
Comme elle éclaire la veilleuse dans l’ombre

Rien n’est lourd

À la beauté dressée sur le tertre
Il n’y a que des herbes
Une nuit de fange lavée
Des souvenirs qui se rangent

Les enfants qui naissent
Sont toujours des enfants qui meurent

Un oiseau passe près du toit

Et ce qui déchire est bien ce qui parle
Un murmure bienveillant
Une main sur l’épaule

Demain sera demain

C’était déjà dans l’odeur du monde

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Noël

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L’enfant est aux anges

Le rêve est dans ses souliers ;

Noël est sous l’arbre.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Ciel

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Le ciel est tout bleu

L’hiver doit être un peu gris ;

C’est lui qui le cache.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Écureuil

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L’écureuil est là

La fenêtre le regarde ;

Il ne le sait pas.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Bouteille

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La bouteille est vide

Elle a rempli chaque tête ;

Elle ne sert plus.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

 

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Mur

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Sur le mur écrit

Les mots ne font pas de bruit ;

Le passant non plus.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Caillou

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Le caillou dans l’onde

S’étire jusqu’à la rive ;

Il a pris son temps.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz
Caillou peint par René Trusses

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Au bout du couloir

Ce qu’il y a au bout du couloir ressemble à cette tiédeur blanche mais nous, nous y demeurons dans l’ombre depuis toujours. C’est elle qui oriente les couleurs de nos choix. Elle invente une chambrée acceptable dans laquelle nous nous reposons de tous nos désirs inassouvis. Et je m’assoie près d’elle au milieu des bombes et des bouquets de roses rouges. Je sanglote entre deux éclats de rire. Je fais le vivant comme d’autres font le mort. Mais je ne m’agenouille jamais. De là où je suis, je vois passer les hirondelles. Je me sens scellé au sol mais confiant en l’azur. Ce qu’il y a au bout du couloir ne m’attend pas vraiment. C’est une présence au milieu de mon grand sommeil que je rejoindrai lorsque ma nuit s’arrêtera d’être blanche.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Le boulier


Il faut danser sur les clous de la rue, valser au milieu de l’illisible, dans les jardins secrets de l’inévitable vieillesse. Il faut peindre sur les murs gris le grand mystère de la jeunesse mortelle, fleurir les orchestres qui se sont tus, refaire son lit comme on redessine la nuit. Il faut contempler le monde qui court dans la cohue des ferveurs, embrasser la bouche des métros. Le cœur léger, il faut aussi s’éloigner, sans remord, loin des lustres. Si peu est à nous en ce monde. Je fais ma lessive au milieu des mésanges qui boivent. Ma vie est un projet dans le vent d’hiver. Sorti de l’huile de mes torpeurs, je marche désormais d’un pas alerte vers le boulier, l’immense boulier qui ne sait plus très bien ce qu’il compte.

 

 

Bruno Ruiz, 2019

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Notre siècle

Je dois me reconnaître en ce siècle. Je ne vivrai pas dans un autre. Mais que dois-je faire de ma colère lorsque je me lève le matin ? Je cherche autour de moi de nouveaux bâtisseurs, une espérance sans guerre, très lente, qui ne sait pas bien où elle va. Ô mes frères humiliés, quand enterrerons-nous les beaux fantômes de notre vie ? Quand en aurons-nous vraiment assez de cette vieille soupe froide que l’on nous déverse chaque jour sur la tête ? J’entrevois chaque fois quelques silhouettes qui se lèvent au milieu des débris. Ce sont quelquefois des enfants. Tout va bien. Que grandissent leurs mains agiles et ferventes sur les chantiers abandonnés. Et pour que notre vie ait servi à quelque chose, qu’il leur reste encore un peu de notre mémoire.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Chanter tout bas

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Il faut chanter tout bas. Rien que pour ce quelque chose entre nous et les étoiles. Quelque chose qui descend de l’ossature invisible du temps. Quelque chose qui veille en nous comme un gardien de notre silence. Il faut chanter dans l’oreille de celui qui se tait. Sans en vouloir au bruit, sans chercher à habiter tout l’espace. Chanter comme on murmure devant une porte qui ne s’ouvrira jamais. Qui fait écho à une montagne qu’on a plus la force de franchir. Chanter tout bas pour se convaincre qu’on n’est pas tout à fait seul dans l’hiver qui s’éternise. Chanter comme on peindrait une chanson sans parole. Sur une falaise qui tarde un peu à s’effondrer. Chanter en se disant qu’il ne sera jamais trop tard quoi qu’il arrive.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz.

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Dehors

Rien n’est immense ce matin. La pluie est sur le mur. Le théâtre est fermé. Les rêves sont maigres. Le soleil interdit. Je voudrais être ivre du désastre de ces chutes interminables mais je n’y arrive pas. Je marche dans un automne périmé. C’est une sorte d’entreprise verte qui a fermé. Une pitié d’écureuil dans les branches. Dans les serres là-bas, tout sommeille sous des lampes artificielles. Rien ne couve au Museum. Un chien hurle au loin. Je ne compte plus les coups au clocher de Saint-Exupère. Le ciel s’obstine à trouver de nouvelles ténèbres. Ça frissonne sous les laines. Les passants se précipitent vers une vie imperméable. C’est l’hiver me direz-vous. C’est normal. Mais pourquoi suis-je encore dehors par ce temps ?

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Chercher l’été

Là-bas un fruit tombe dans l’herbe. Un papillon respire dans l’écrasante lumière de midi. Sur le vieux mur bouillant, la pierre accueille le lézard. Et moi je suis l’ami des blés immobiles, cette suffocante patience du jour. Se peut-il qu’il existe un souffle d’air avant l’ascension de la colline ? Voyez comme je suis aveugle. J’entends des frelons dans ma tête. Du sang sèche en moi. Comme il est lourd l’été vu d’ici ! Non je ne gravirai pas le chemin. Au fond, j’attendais trop des verticales. Sous l’azur, il faut rester humble. Surtout quand l’hiver nous endort de tous ses mensonges. Je m’obstine à un rêve qui ne réchauffe pas mes pieds glacés au fond du lit. Soyez indulgent avec moi. Je faisais juste semblant d’être en juillet.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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L’oreille

Je vis au centre d’un monde mélangé entre des dieux mourants et le temps qui nous dévore. Je cherche une fête au fond du silence. Je ne compte plus les blessures des hommes. J’avance bouche ouverte dans la charge des mots. N’abandonnez pas. Soyez de ceux qui ouvrent leurs bras sur les seuils. Préservez les graines pour des jours plus sauvages. Suivez votre ligne blanche tracée dans l’aube. Ce qui retentit en vous n’a pas de prix. C’est une symphonie au bord de la falaise. Et je l’écoute avec vous avant l’émeute de la dernière vieillesse. Je l’écoute d’une oreille. Celle qui impose sa claire mélodie quand je m’endors serein de n’avoir plus rien à attendre.

 

 

Bruno Ruiz, 2019

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L’ici

Si je n’écris pas dans mon centre de gravité, je perds l’équilibre dans l’inutile. Je sombre dans des périphéries littéraires, fictionnelles. J’ai besoin d’interroger l’ici de face. Sans utiliser forcément des batteries de mots nouveaux mais leur cherchant toujours un ordre singulier, décalé, renouvelé. Je ne cherche pas l’originalité mais l’os d’une exactitude. Grave et le plus léger possible. Je ne me rends compte du poème que lorsqu’il est écrit, qu’il s’éloigne de moi. C’est à ce moment seulement que je peux en envisager son lecteur bienveillant. Car c’est toujours comme cela que je veux l’imaginer. Critique mais bienveillant. Je n’écris donc pas pour tout le monde. J’écris pour moi d’abord. Sous le regard lisant d’un univers commun à quelques solitudes.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Total désir

Je suis à vous sur la table des mots, appuyé à ma vie qui défile dans le même pays que le vôtre. Je vous salue en silence, vous qui courrez à d’autres rendez-vous. J’ai laissé au fond de moi bien des rêves d’école comme un paillis au pied de mon chêne. Je cesse de survivre pour vivre. Ce matin, j’ai bien lissé les drapeaux de mon espérance et je les ai rangés dans l’armoire des mémoires. Je marche devant moi et c’est bien suffisant. Ce que je veux ne regarde personne. Entre fidèles à nous-mêmes, nous partageons la même éternité fraternelle. Je dors enfin paisiblement d’un désir total entre le ciel et les hommes.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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La vie désirée

Est-ce ma faute si ma voix se perd dans l’éloignement des miroirs ? Si mon vertige fléchit dans chaque courbe en équilibre ? Je cherche une parole paisible dans les roues fatiguées de l’hiver. Je n’en peux plus des manteaux humides, de la chute grise du ciel, des bêtes mortes de ma tête. Je survis entre les arbres nus, la beauté nulle du canal. Ah que m’emporte une bonne fois mes vieux fantômes dans l’ultime ceinture des corps. Un cheval ! Un cheval pour mon royaume ! Non, je ne tremble pas de froid. Je tremble d’une nuit servile dans mes mots, une nuit qui patiemment me scelle à d’inexorables échéances. Allez. Je vais chanter pour que circule à nouveau le sang. Pour que, fluides, reviennent les transparences de la vie désirée.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Ce que nous avons vécu

Ce que nous avons vécu est désormais derrière nous au milieu de quelques ruines reconstruites. Notre visage s’éclaire derrière nos masques qui tombent dans la boue.  C’était inévitable. Ce matin, je regarde ton cœur et je ne veux pas que ce soit déjà l’heure. Là-bas s’éloignent d’anciens cortèges qui nous font encore des signes. Nous nous appuyons l’un à l’autre pour quelques dernières danses sauvages. On a réglé notre sommeil sur l’horloge des patiences. Tout devient simple dans cette vieille lumière. Le vent nous habille. Ô Jeunes envolés, nous sommes votre bienveillance ! Apprenons ensemble, encore et encore, la tolérance et le pardon. Je marche désormais dans le pas de disparus magnifiques.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Remuer

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Si tu cherches bien parmi les ordures ce matin, tu trouveras quelques débris d’un soleil ancien. Dans la boite aux lettres, il y aura quelqu’un qui se sera souvenu de toi simplement parce que tu lui avais déjà écrit la semaine dernière. Tu auras vidé les poches de toutes les pierres de ton âge et ton manteau sera plus léger pour la promenade journalière. Un océan se sera ouvert en toi et tu auras pu enfin atteindre quelques îles d’enfance retrouvées. Si tu cherches bien dans ta voix un peu fatiguée par les courants d’air des coursives du vieux quartier, tu entendras des chansons au milieu des cerisiers en fleurs, des mélodies pour couvrir le morne continuum de décembre. Evidemment tu peux rester bien au chaud dans ton lit. Mais alors ne te plains pas de la rouille qui encercle l’âme de ton vieil hiver.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Noyer le thé

Mon encre est grise ce matin. Elle a du mal à prendre son envol dans la gelée royale. Y a une mouche sur la radio. Des écharpes qui s’étranglent au porte-manteau. Une vieille lavande se mélange à la chaleur des radiateurs. Je gesticule avec lenteur. Par la fenêtre passent des bus entassés. C’est un jour cruel pour les amateurs de silence. La bonne nouvelle, c’est que les cages sont glacées. Les portières gelés. Les pare-brise opaques. Les caniveaux ne servent à rien aujourd’hui. Dépêchons-nous de noyer d’eau chaude le thé avant qu’il ne soit trop tard. Cela s’appelle la rosée du matin cette dentelle à la fenêtre du jardin. Ailleurs, le matin, c’est du sang sur le sable.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Y a pas le feu

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Les couleurs de l’hiver

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L’hiver, c’est un coup à prendre. Au bout d’un moment vous ne voyez plus les gris. Il n’y a plus dans l’air que l’oracle du printemps. Une ceinture qui se desserre en vous très lentement. Le bruit impatient des voitures n’est plus qu’un murmure lointain. Vous vous décrispez des mots inutiles, des scories de la fatigue, du plomb de vos jambes. Ça arrive sous l’averse comme un rêve d’évasion, l’onde muette d’un ancien voyage. Ne vous moquez pas de ce qui peut renaître. Soyez curieux du temps qui passe. Attendez avec lenteur même si votre nuque se tasse. Avec un peu de chance, si elle est bien disposée et si elle n’a plus faim, la mésange vous expliquera.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Sourire

Il faut apprendre à sourire même si la tristesse vous étrangle. Même si ça rouille aux charnières. Il faut apprendre à sourire même à l’arbre déraciné, au geôlier un peu niais, au boulanger qui a raté son pain. Apprendre à sourire sous l’averse glacée, sous les cyprès du cimetière, face au mensonge avéré, à l’enfance triste, au vieux cheval qui part à l’abattoir. Il faut apprendre à sourire à celui qui pleure et qui s’en va, celui qui a peur d’ouvrir la porte de chez lui et celui qui a peur de la refermer derrière lui. Sourire à celui qui doute et celui qui se trompe. Sourire derrière les grilles et devant le cercueil. Sourire au mendiant et à celui qui a manqué son train. Il faut sourire à son image dans le miroir. Même si on la trouve laide. Même si elle ne sourit pas.

 

 

Bruno Ruiz, 2019

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Ça tombe quel jour le 14 juillet ?

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Ah ! l’espoir…

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La moitié de quelqu’un

Je vis dans un temps qui n’existe que pour moi. Je le traverse sans saison entre des pensées s’échappant dans les coursives de l’hiver. J’apprends à m’éterniser dans les visages avant qu’ils ne s’effacent tout à fait. J’entoure mes ombres d’une grande tendresse. Je me fais une idée du bonheur que je suis seul à admettre. Parfois j’entre dans une ronde au milieu de la foule. Je ne sais pas bien ce que je dois espérer. Il m’arrive aussi d’être insensible. Sans secret. Mais je n’arrive jamais à être totalement indifférent. Parfois, je ne suis que la moitié de quelqu’un. Je ne saurai jamais qui passe vraiment derrière les rideaux.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Le centre

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Ce soir le brouillard est sur la ville. Je marche le long du canal. Un homme approche. C’est la silhouette sur cette photo. Il me demande où se trouve le centre. Je lui indique qu’il est devant lui et nos chemins se séparent. Il y a des moments métaphysiques dans la vie. Des moments où le langage est d’une rare beauté. J’avance dans une brume polysémique. Je suis moi-même ce brouillard. Demain la ville redeviendra nette. Quelqu’un me demandera le centre. Je lui dirai que je ne sais pas. Il y a tellement de directions possibles. Depuis que je suis né je me déplace toujours avec lui.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Si je porte à mon cou, en souvenir de toi…

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La fin de l’éclipse

L’hiver rend laid si l’on n’y prend pas garde. On n’a pas envie de se lever. On évite les miroirs, le visage devient terne. On a du mal à s’inventer de nouvelles échéances. La musique de la ville s’éloigne dans le couloir des bus. Nos yeux tombent sur le livre. La pluie s’insinue jusqu’au fond de notre pull. Nous nous promettons des printemps mais ils sont si loin que l’on se demande s’ils existent encore. Dans la boue, on distille de vieilles prunes pour retrouver quelque alcool fort. L’espérance a froid. Alors on relève le col. On attend la fin de l’éclipse. Ce qui nous rassure, c’est le nombre des endormis qui passent sous notre fenêtre. Ce matin, j’ai découpé un vieux journal étranger pour me persuader que le monde existait ailleurs. J’ai laissé le couloir allumé.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Et si on allait se promener ?

giacometti

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La clef de novembre

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C’est un jour de chair, de graisse et de volume. De grande grisaille. De fond d’hiver. Le ciel plafonne à hauteur des réverbères. Le trottoir glisse sur les vieilles feuilles mortes. Le corps est lent. La respiration au ralenti. On ne supporte plus les bavardages. Les mauvais jeux de mots. On s’énerve dans les embouteillages, peste sous la pluie. On s’impatiente dans les queues aux guichets. Nos yeux pleurent sous la lumière blafarde des couloirs. On appartient à la masse. On est collé à elle. On est dans la nasse avec les poissons exténués, les poisons qui nous font éternuer. Rien n’avance. La radio suinte. Le nez coule. Le ventre est lourd. L’avenir sourd. Les arbres dorment comme des souches. Même la musique nous semble pénible. Et l’on cherche au fond de notre poche une clef. Une clef salvatrice. Une clef qui nous ouvrirait le monde à des couleurs acceptables, retrouvées. Qui huilerait un peu toute cette inertie intérieure. Une clef douce et tiède que l’on serre entre nos doigts. Une clef. Une clef qui nous délivrera enfin de ce fichu mois de novembre.

 

 

Bruno Ruiz, 2019

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Ça pourrait être plus long aussi…

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Ça te la coupe ça, non ?

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Voyage

On a beau dire, ce qu’il y a de beau dans les voyages, ce sont les escales. Ces moments où l’on rencontre des paysages qu’il nous faudra quitter. Une chambre d’hôtel comme le frôlement d’une nuit douce et tiède. Un pas de danse dans le patio. Une cuiller qui tombe sur le marbre. Je ne prends jamais l’ascenseur. Je ne mesure pas grand chose. Je ne pars presque jamais. Je suis toujours quelque part entre la terre et mes semelles. Dans l’alchimie du départ et la science des retours. Regarde la chevelure orange du petit jour. Tu ne la vois pas ? Fais un effort. Ne prends pas de photo. Laisse-là venir à toi. Contemple l’invisible. Archive ce que tu peux dans ta tête. Tu n’auras jamais assez de mémoire pour tous ces parfums,tous ces dés jetés sur le hasard des cartes d’état-major. Tu n’auras que des images. Et si un jour on te demande si tu es venu en ce lieu, dis-leur que ce n’était pas tout à fait ici. Que ce n’était pas tout à fait toi. Mais que tu as bien fait d’y revenir.

 

 

Bruno Ruiz, 2019

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Ce que j’écris

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Ce que j’écris ne peut pas tomber. C’est un mouvement qui rêve d’être immobile. Un relief qui attend l’horizon. À la fin je ferme la porte. Je m’épingle entre le chas et l’aiguille. M’éloigne pour être au plus près. Je vis dans la parenthèse d’un regard. Entre le trou et le nouveau paysage. Je connais la patience des mots. Ce sont eux qui me l’ont appris. J’arpente un illimité sans même m’en rendre compte. C’est à la fois simple et totalement inutile. J’ai de l’encre plein les doigts. Il faut que je cherche encore ailleurs. Que je déserte cette inhabitable maison. Le ciel du matin redescendra sur le jardin. Mes yeux reviendront dans l’atelier noir. Ce que j’écris ne peut jamais redescendre tout à fait en moi.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Et à part ça, tu votes quoi, toi ?

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Ne jamais perdre patience

Ne jamais perdre patience. Tant pis si le tourniquet ne s’arrête jamais. Si le linge met trop de temps à sécher. De la radio, les informations tombent sur la table. Comment nous mesurer quand tout semble en mouvement et qu’on n’arpente jamais tout à fait le même domaine ? Nous nous s’emmitouflons d’un cache-nez pour sortir de l’hiver. Nous nous écrions souvent. Nous nous écrivons. Nous faisons partie de la grande construction entre des fondations et quelques terrains vagues. Nous dormons sur des terres brûlantes entre deux glaciers. Et tous ces ventres de femmes, ces espérances d’avenir, il nous faut les respecter dans la lenteur du crépuscule. Ah que s’éloignent les sucres ! Qu’advienne l’ultime synthèse de notre vie ! Nous nous endormons au milieu des grands mythes. Autant que soit sereine cette fin sans programme. L’infini n’était pas multipliable.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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J’en ai vraiment plein le dos !

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Ça ne tient qu’à un fil

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Revisite

Non, ne te laisse pas pourrir. Rase ta peau. Maquille tes lèvres. Cherche la transparence du paysage. Tu as dépassé le milieu il y a déjà bien longtemps. Alors ne va qu’à la vitesse de tes jambes sans jamais ralentir. Accepte le terne du terme, celui qui t’entoure avant que le temps ne le repeigne. Tu as ouvert les volets de la chambre sur un matin qui ne sera plus jamais le même. Une force exacte est en toi. Ses dents doivent se planter dans le réel. Pas dans ces chimères glissant dans l’approximation de tes bornes. Reste confiant au bas de l’escalier. Fraternise avec les restes de nuit collés à ton dos. Tu peux revisiter ton passé mais ne le trompe pas.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo Bruno Ruiz

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Le réveil du nain

Ce matin je suis sorti en trombe de ma tête. Sur la photographie, il y avait des pans de murs que je ne reconnaissais pas. Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à un sourire dans un musée. J’avais l’impression de me débarrasser de quelque chose. Dans la silhouette des angles, il y avait un nain un peu nerveux qui me regardait. Je ne comprenais que partiellement ce qu’il disait. J’aurai pu me dire qu’il me parlait de cette nuit qui continuait en moi. Il égrainait en fait une sorte de compte à rebours. Lorsqu’il eut atteint le chiffre zéro, je me levais d’un bon. Du grand miroir tomba sur le parquet une boîte d’épingles. Je marchais lentement jusqu’à la salle de bain. C’est alors que je compris que c’était bien moi, le nain. Et que j’étais bien dans ma maison. La journée allait bientôt commencer.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo Bruno Ruiz

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Alors là, chapeau !

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Atteindre son point de renaissance

Le corps doit perdre l’équilibre pour aller où il veut. Mais s’il se déforme trop, il n’entre plus dans l’horizon. Il finit par se perdre dans la généralité de l’azur. Au milieu des indifférents, il se remplit comme une jarre de vin et de viande. Il s’immobilise dans la fatigue et l’errance, s’éloigne des harmonies humaines. Il ne voit plus l’épaisseur du monde. Sa grâce tombe dans sa graisse. Il fuit les miroirs. Il fuit des miroirs. Il lui faut reprendre le cahier des résolutions, les chemins de l’épure, les nages à contre-courant, s’en tenir à nouveau à ses propres consignes. Ce matin j’irai marcher dans mon ventre. Je quitterai le vieux quartier des haut-fourneaux de ma tête. Je descendrai jusqu’à la mer. Le vent effacera ce qui pesait sur ma langue. J’aurai atteint mon point de renaissance.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo Bruno Ruiz

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C’est vraiment n’importe quoi

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Apprendre le temps

Je dors quelquefois dans le ciel. Je salue des clartés. Un incroyable été en moi résiste aux démesures de ma nuit. Je sens brûler des forces souveraines. Des routes se perdent dans le labyrinthe des nuages. Je chante le matin dans des forêts d’arbousiers. Sous le jasmin se dresse un soleil contre les glaces, le siège des grisailles. Vivre en hiver est une ascèse. Je ne monte pas le chauffage. Je cherche une haleine à l’unisson du froid. Je nourris les oiseaux. Je dors quelquefois pour la seule joie d’être réveillé par la lumière tiède de la vitre. J’apprends le temps.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Je n’ai pas le temps

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J’aimerais savoir lire

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Recommandations

Il faut creuser pour que ça tienne. Sans fondation tout s’effondre. Du haut de ton édifice, tu verras la tourterelle qui a faim et l’écureuil besogneux. Tu les verras mieux pour leur venir en aide. Ne crois jamais que tout t’est donné. Nettoie tes outils. Cherche la paix. Délace. Et puis n’oublie jamais que ce tu as traversé jusqu’ici existe sur la carte. C’est un petit trajet peut-être mais ne néglige pas de l’inscrire sur le cadastre. Qui sait, il servira peut-être un jour à quelques égarés comme toi aujourd’hui. Il fait d’ores et déjà partie des milliards de repères pour les marcheurs qui hésitent. Essaie de trouver qui tu es pour qu’on sache où tu te trouves. Il n’y a aucun narcissisme ni aucune prétention à cela. Simplement acte ta présence au milieu des présences.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

 

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C’est ça. Ça marche.

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Cesser de gémir

Si tu cesses de gémir, tu verras tes poignets secouer ton vieux présent en paix, tes bras embrasser des jonchées fraternelles. Le jour se lèvera dans ses nouveaux vêtements. Tu apercevras les gens debout dans l’inexorable. Ils seront sans âge et ce qui te faisait si mal se mélangera à la foule compacte de leurs corps. Aujourd’hui tu peux oser haïr la mort, ce pays lointain des exilés, sans la farder de ses horribles oripeaux. Tu as tellement de sommes en toi accumulés que tu peux donner à boire à tes silences. Et tant qu’il y aura du sang pour circuler dans tes veines, tu sauras comment affronter l’anéantissement du matin dans tes images d’obsédantes exactitudes.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Je suis à contre sens mais je suis tout seul

train

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Le pas de côté

Si tu fais un pas de côté, tu verras que tu n’es pas grand chose et que c’est très bien ainsi. Ce que tu croyais une montagne n’était que le résidu laissé par la semelle d’un géant. Tu n’existais au fond que dans la foule des solitudes. Il faut descendre de ton socle. Il fait jour près de toi. Connais-tu par exemple le nom de cette herbe que tu foules ? Que sais-tu de ce sourire au milieu de ton cimetière ? Quelle danse peux-tu danser ? Que se cache-t-il ce matin dans ce livre abandonné sur le siège de ce train ? Tu étais assis à côté d’un infirme, juste en face d’un chercheur en énergie moléculaire qui rangeait le bagage d’une jeune femme qui venait d’avorter. L’adolescente, savait-elle en ramassant ses cheveux qu’elle souriait à un assassin qui sortait le matin même de prison ? N’éteins pas ta lampe. Elle sert peut-être à quelque un qui en a besoin.

 

 

Bruno Ruiz, 2019

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Le souvenir des arbres

Qui se souvient des arbres morts ? Du grand gâchis de toute notre espérance humaine ? Des trésors de beautés abandonnés dans la mémoire des siècles ? Et si nous avions simplement besoin de nous sentir au monde sans avoir sans cesse à prouver qu’on est les plus forts ? Si l’on se contentait de vivre et de mourir comme l’on est ? Comme des bourgeons tardifs dans l’automne ? Il est temps de s’occuper patiemment des vaincus et de leur silence besogneux. De préparer la disparition de leurs larmes. Non je ne suis pas tranquille. Je suis un animal qui parle. Je travaille seulement chaque jour au dénouement serein de notre monde végétal. Le désastre n’est qu’une façon de lire notre avenir.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Coline Ruiz Darasse

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La dernière délivrance

La vie ne tient qu’à un rire. Un triomphe au milieu de la nuit. Mais il faut penser à éteindre. Déglacer le désert. Obscurcir le visible. J’entends des bruits dans le couloir. Des petits monstres qui cherchent à féconder l’encre. Je n’ai jamais eu peur de l’inavouable. Ni des larmes terrestres. Je ne pense qu’à ce feu qui m’accompagne au fond de moi. Je ne reviendrai jamais dans mon berceau. Les berceuses s’éloignaient sur le fleuve dans des paniers d’osier. L’enfant ne faisait pas la grimace. Il essayait d’être heureux. Il ne demandait qu’une fée sur le sable. Il n’aura pas même mérité sa dernière délivrance.

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Le représentant

Je suis un représentant. Dans le coffre de ma voiture, j’ai des malles pleines de vieilles bribes, des nids pleins d’éclosions, des ivresses perdues, des arcs-en-ciel d’occasion en très bon état. J’ai des valises pleines de rêves inouïs, des fleurs en papier qui attendent des mots vierges, des larmes à boire les jours de grande joie. J’ai aussi des cages sans oiseau, des assassins au doux visage, des héros répugnants, des féeries qui n’ont rien à envier à l’enfance. Je ne les vends jamais. Je les montre à qui me les demande. De temps en temps, je laisse s’envoler par les portières des courants d’air de chansons, des mots inutiles dans l’échappement de la route. Bien malgré moi, je transporte aussi des poèmes fragiles et étrangers que je laisse dormir sur le siège arrière. Il m’arrive de les réveiller pour qu’ils se dégourdissent les jambes sur des aires désertes. Je ne les oublie jamais. Je suis un représentant très consciencieux.

Bruno Ruiz, 2019
Peinture : Grant Haffner, peintre californien né en 1978. Pour en savoir plus sur cet artiste https://www.granthaffner.com/

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Je ne sais pas dormir

Il y a ce qui naît et ce qui meurt. Ce qui circule dans les veines et ce qui s’arrête. Une aurore qui parle et le soir qui descend vers le silence. Il y a cette sève qui cherche une cime et le sauvage velours du coquelicot. Mais je n’explique pas le monde. Je me fatigue à tant d’absence. Tout savoir n’est qu’une très longue attente. L’espérance d’un possible. Le désespoir d’un impossible. Qui sait où nous sommes au fond de ce vieux rêve ? Je ne creuse que pour planter. Je me déleste de vieilles larmes. M’illumine et m’engloutis. Me confie à des hiboux. Je ne sais pas dormir.

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Rejoindre la forêt

Personne ne peut s’exclure de la folle nuée. Les os ont des yeux. Les mains redoublent le silence. C’est du miroir que vient la pourriture et la poussière. Ce qui disparaît reste sous la paupière. Tout est si trouble, si vain. Ni même attendre la lumière de la parturiente. Il faut que circule encore la suie des mots. Celui qui parle travaille mais l’extase est semblable au temps qui s’arrête. L’autre sera toujours illégitime. Quand toute la vie sera conjuguée, la loi tombera dans le silence et son miel coulera lentement de sa nuit.  Le lit se défera de son rêve mortel. L’oiseau n’aura pas à revenir du désert. Il pourra rejoindre tranquillement la forêt. Il n’y avait aucun règne derrière l’aube.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Oubliables

Je le sais bien, nous sommes oubliables. Nos vieilles photos se perdent dans les déménagements, les fuites mémorielles. Nous ne sommes même pas des vélos tombés dans le canal. Nous disparaissons par des fenêtres ouvertes, par toutes ces eaux des reflux atlantiques. Nous sommes des poussières humides collées à nos souliers dans les allées de l’automne. Nous n’avons rien d’éternel. Seul existe un infini que nous portons en nous dans l’adn de notre vie, comme un trésor qui fait un pied-de-nez à Dieu et à ceux qui ont inventé son histoire. Il n’y a rien à faire. J’ai beau écrire, aimer, retenir en moi cet instant de grâce qui nous contient sous les étoiles, mon corps descendra bientôt lui aussi dans les flammes. C’est comme cela que ça se passera. Mais en attendant, je fais toujours partie de l’espérance des hommes. Et je chante. Vous n’imaginez pas à quel point je chante.

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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La beauté

Depuis toujours, nous sommes habités et entourés par la beauté. Elle est parfois dissimulée sous les ordures, derrière un écran de pollution, tout près de nous, mais il nous arrive de ne plus la voir. Elle s’est diluée dans l’huile épaisse de l’habitude, le rayonnage d’un grand magasin. Nous l’avons un peu oubliée en vieillissant, elle nous a perdus de vue. Pourtant elle demeure là dans les yeux émerveillés d’un passant, la voix cristalline d’un enfant qui chante, la démarche élégante d’un animal sauvage, la silhouette d’un arbre sur l’horizon. Elle est dans ces mots entendus par hasard dans la cohue d’une rue marchande, ce geste imperceptible de tendresse que l’on perçoit malgré nous, ces cheveux qui tombent sur un front rêveur, ce contre-jour sur un visage. Elle est dans cette tension de nous-même vers l’inespéré, ce pas qui s’arrête soudain quand tout va trop vite. C’est aussi cette photo tombée du portefeuille d’un vieillard qui pleure quand notre main la ramasse. C’est pas grand chose parfois, la beauté.

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Nos châteaux en Espagne

Nos châteaux en Espagne n’en finissent plus de pourrir, de s’oublier dans les latrines. Leurs odeurs nous parviennent par-dessus les Pyrénées. Ça pue la France d’avant-guerre, ça pue en Europe, ça pue au Moyen-Orient, ça pue en Amérique, en Russie. Ça se putréfie dans des solutions primaires et provisoires, ça fabrique de la haine, ça pense primate, ça colle à des vieux slips kaki et bruns, ça excite les abrutis et les analphabètes, l’annal des bêtes et l’anus miserabilis. Ça s’arme sur nos larmes, ça se police sur les joyeux désordres des carrefours, plonge les fausses démocraties dans la démagogie des pouvoirs durs, ça s’essuie les pieds sur les migrants, les balais-brosses à reluire des plateaux de télévision. Ça surfe sur le vide, la décadence, la fin du monde, la fausse espérance des lendemains qui chantent et l’écologisme électoral. Ils tombent en ruine nos châteaux en Espagne ! dans les courants d’air, ils s’en vont rejoindre l’effondrement des banquises. Et moi je suis là, avec mes mots, avec mes morts, mes pauvres petits mots au milieu du silence filmé d’un abandon planétaire, dans la sidération sidérale d’un vide-ordure qui s’encombre de jour en jour, et je me demande. Je me demande : quand serons-nous vraiment ensemble ?

Bruno Ruiz, 2019

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Langue

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Bruno Ruiz dit
un extrait de son recueil Langue 2019
(Le Poète invisible, volume 12)

Pour l’écouter, cliquer sur l’image.

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La pluie

Elle inonde la ville, la pluie. Elle descend par le col au fond de nos entrailles. Elle ruisselle comme on pleure d’ennui, s’en va je ne sais où par les égouts. Elle s’insinue entre les tuiles, se mélange aux larmes, nous endort de sa lancinante musique. Elle n’a pas d’abri, la pluie. Elle est fragile ou tenace, brume ou violence. C’est une transparence qui nous lave de son averse, de l’eau qui blesse l’immobile des flaques, accélère notre pas. On craignait sa venue, on attend maintenant qu’elle s’arrête. On se résigne à son temps humide mais on se dit que c’est bon pour la terre, l’herbe, les fleurs, les légumes. C’est un lent et long décor de dimanche qui tremble par la fenêtre. On n’ose pas vraiment se le dire mais on y pense. Elle est de cette trempe, la pluie. Elle vient de haut. La pluie, c’est la preuve du ciel.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Quand vient l’hiver

Quand vient l’hiver, je sors mes tubes de bleu. Je m’habille de mer et de soleil. Je prends les mesures de l’éternité, me déracine pour mieux renaître. Avec l’eau lancinante des pluies, j’en profite pour nettoyer mes ruines. Le soir, je cherche un abri à ma joie, un abri de lumière, un âtre qui puisse résister aux nouvelles froidures. Une à une, mes prisons se referment. Dans le brouillard, je regarde quelques ombres disparaître. Il y a aussi un rapace sur le fil électrique. La terre dort. Pourtant quelque chose est en train de se défaire en moi. Quelque chose qui se délace pour mieux affronter le ciel bas. Je dors sur le ventre pour ne pas ressembler à un mort. Ce qui me sauve vraiment, c’est un livre infini sur la table de nuit. Pendant ce temps là-bas, il y a un jeune orphelin qui pleure abandonné dans une ville écroulée. Et je ne peux jamais l’oublier tout à fait.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Les fumeurs

Il y a deux sortes de fumeurs : les vrais fumeurs et ceux qui ne fument que des cigarettes. Les vrais fumeurs avalent la fumée jusque dans leurs poumons. Ils sont dépendants de leur manque. Ceux qui ne fument que des cigarettes crapotent mais ce ne sont pas de véritables fumeurs. Ce sont des fumeurs du dimanche. Ils peuvent s’arrêter quand ils le désirent. Ils ne sont sujets à aucune addiction. Les vrais fumeurs n’ont pas le choix. S’ils veulent s’arrêter ils ont besoin d’un protocole de sevrage qui ne marche pas toujours.
Il y a deux sortes de poètes : les vrais poètes et ceux qui n’écrivent que des poèmes. Les vrais poètes avalent leur vie jusque dans leurs entrailles. Ils sont dépendants de leur manque. Ceux qui n’écrivent que des poèmes écrivent mais ce ne sont pas de véritables poètes. Ce sont des poètes du dimanche. Ils peuvent s’arrêter quand ils le désirent. Ils ne sont sujets à aucune addiction. Les vrais poètes n’ont pas le choix. S’ils veulent s’arrêter, ils ont besoin d’un protocole de sevrage qui ne s’arrête souvent que lorsqu’ils meurent.

Bruno Ruiz, 2019
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Lyrique

Je somnole dans le train lyrique du monde, entre les paysages clairs de mon enfance qui défilent et la rouille des vieilles carcasses d’épaves abandonnées au sortir des villages. Parfois des animaux débonnaires m’interrogent sur ma langue. Leur regard en dit long sur l’opacité de ce que je chante. J’aime les fruits avant qu’ils mûrissent. La foule compacte des mots et la parcimonie de leur profondeur. Ecrire est un effort consenti, la recherche d’une sagesse un peu naïve. On est toujours un peu malheureux quand on aime. L’approximation m’est quelquefois un coussin moelleux. Elle contient des venins qui finissent toujours par devenir inacceptables. Oui, j’ai besoin parfois du lyrisme, cette caresse fragile et légère du poème. Je le secoue chaque jour comme un pommier sous l’avalanche de l’automne.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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  Vieillir

L’expérience de ma vie, même si celle-ci ne fut jamais vraiment remarquable, demeure avec ceux que j’aime mon bien le plus précieux. Et même si dans mes propos certains jeunes pourront y reconnaître leurs propres vieux, je me suis toujours adressé avant tout à la petite poignée de lecteurs de ma génération qui a encore la curiosité et la gentillesse de trouver quelque intérêt à me lire ou m’écouter. J’ai toujours respecté la belle jeunesse pour ne jamais me déguiser comme elle et faire croire qu’à mon âge j’en faisais toujours partie. Pendant toute ma vie d’artiste, je n’aurai été reconnu que par très peu de personnes et quasiment aucun de mes collègues chanteurs. Je n’aurai reçu aucun prix, appartenu à aucune officine ni aucune famille d’artistes. Mais j’aurai suivi ma route. Je n’aurai jamais oublié d’où je parlais ni d’où je venais. Je continue aujourd’hui à rester à ma place, rien qu’à ma place de poète invisible. Certain d’entre vous évidemment ne manqueront pas de voir dans ces propos quelque amertume de chanteur aigri ou de poète raté. Sachez quant à moi qu’il n’en est vraiment rien et qu’il n’y rien de pathétique dans ce que j’écris ici. Je continue tranquillement ma route publique et je le ferai tant que j’estimerai que cela est décent, je me le promets. De même qu’il faut imaginer Sisyphe heureux, il faut faire de la tragédie de la vieillesse une méthode du bonheur. C’est un livre très difficile à écrire et je vous jure que comme beaucoup d’entre vous, artistes ou non, je fais tout pour m’y atteler chaque matin dans la joie.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Célébration du crépuscule

Nous sommes condamnés à affronter ce que nous fûmes, nos erreurs et nos petites gloires, nos lâchetés et nos joyeux partis pris, cette gourmandise qui nous aura tué, ce plein soleil qui nous aura nécrosé la peau. Nous sommes condamnés mais pour l’instant nous sommes libres. Libres comme le bruit du vent dans les mâtures. Comme le sable du désert loin des sablés du dessert. Nous prenons en main notre lumière pour éclairer notre seule route. Regarde cet instant. Tout ce qu’il contient. Le rêve de toute l’humanité. Embrasse son tremblement. N’aie jamais peur des rendez-vous dans l’ombre, de la métamorphose des vieux. Brosse tes dents chaque jour et souris au tragique. Il te reste encore un peu de temps pour la célébration du crépuscule.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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La fontaine

La parole n’est jamais tout à fait transparente. Il y a toujours une araignée qui traverse l’azur. Un accident sur la route des vacances. Un désordre qui te paralyse. Un verre qui tombe dans l’âtre. Mais si tu cherches bien parmi les braises, il y a aussi toujours un départ de feu qui te tiendra debout, une route inattendue au milieu de la jungle, une source qui ne se sera jamais tarie. C’est pour cela qu’il te faut accepter les corbeaux qui se posent sur tes silences. Ce sont eux qui te protègent, te nourrissent. Ta voix est faite pour le chant comme la roue pour la route. Derrière le visage que tu croises, tu dois entendre le sang qui bat, tranquille comme une fontaine. Et quoiqu’il arrive, tant que t’es vivant, tu ne dois jamais oublier que le sang, il vient toujours du cœur. Et qu’il y retourne.

 

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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La vie majeure

Elle est là cette vie majeure. Sous ta fenêtre. Malgré la pluie, le froid, le temps harassé. C’est une allumette protégée du vent. C’est bien celle que regrettent les condamnés, les déçus de la mémoire, les aigris de l’enfance. Alors regarde-la. Regarde-la bien. Elle t’accompagne chaque jour depuis toujours. Elle est ton bien le plus précieux, ta force souveraine. Ne l’abandonne pas à la risée de ceux qui la méprisent ad nauseam par une posture de fausse intelligence sombrant dans la débâcle de leurs prophètes de salon. Non il n’est pas niais celui qui cherche la joie dans la grisaille des trottoirs. C’est un noyau central qui le tient en équilibre. À l’affalé du jour, il oppose une course fervente, éperdue. La célébration d’un pas, d’une danse légère. Un espoir brutal contre la morgue du ciel humide. La caresse d’une connexion fraternelle.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Caméra de bienveillance

Je dis toujours la même chose mais je n’écris jamais le même texte. Je dis quelquefois adieu mais il m’arrive de revenir. Je dis souvent bonjour mais personne ne se rend compte que je ne suis jamais parti. Je pense toujours que j’aurais pu mieux faire mais je fais toujours les mêmes erreurs. Dans le paysage, je ne suis pas grand chose. Depuis des années je dessine ma petite place dans l’arrière-plan. Il est vrai que lorsqu’on a décidé d’être invisible on ne peut guère se plaindre de ne pas être assez vu. De ma vigie, je contemple l’humaine beauté. Au fond c’est ce qui m’intéresse. Car je suis un voyeur de l’être. La bonne méthode consiste à bien choisir l’objectif. Et vous n’imaginez pas le nombre de clefs que je lime chaque matin pour ouvrir des portes. Parfois je les cherche, quelquefois je les trouve. Ne craignez rien cependant. Mon trousseau reste toujours accroché à mes caméras de bienveillance.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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De travers

Je n’ai jamais été un sage. Je n’ai jamais été très sage non plus. Je change au soleil, me transforme sous la pluie. Des fois je ne me ressemble pas. Le plus difficile, c’est de refuser de ne pas se voir. Je m’imagine, donc. Je me déteste souvent. La nuit, il m’arrive de me séparer de moi-même. J’envahis d’autres territoires. Je mange au milieu d’une foule que j’avale. Je me juge. Mais je soigne bien mes rêves. Je leur donne leur pitance de meurtres. Je décapite des rois, des révolutionnaires. Après, je le regrette évidemment. À cause de tous ces livres qui s’entassent un peu de travers sur mes étagères. Au fond je me ride du cerveau, me sclérose dans leur gouffre paradoxal. Mon ventre travaille à leur faim. Je lis, j’écris. J’essaie de mettre de l’ordre à mes vacarmes mais je n’y arrive jamais complètement. Impossible de libérer toutes ces phrases, toutes ces images. De comprendre vraiment les conjugaisons. Leur conjugaison. Non vraiment, je n’ai jamais été un sage. D’ailleurs, ça se lit entre ces lignes.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Selfie

Tout ce que tu n’as jamais dit est là, au fond de ta gorge. C’est un oiseau en cage. Un rai de lumière qui cherche sa porte. Tout ce que tu n’as jamais dit s’accroche à l’immobile du jour, à tout cet amour qui se retient en toi et t’épuise parfois. Non, tu n’étais pas fait pour être réduit à tout ce non-dit. Tu étais fait pour te séparer de l’aimant de tes mots fragiles. Pour rejoindre la parole de l’aurore dans le ciel enfin confondu au soleil. Il fallait que ta confession s’accomplisse et se grave dans la pierre innocente de l’autre. Si la vérité existe, elle est celle d’un animal fidèle endormi sur le marbre d’une sépulture. Elle est dans la raison sans fièvre de ta vie. Mais tout ce que tu n’as jamais dit, tu le portes aussi en toi comme un miracle du silence qui te donne quelquefois un droit inaliénable. Celui de te taire.

Bruno Ruiz, 2019

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Infiniment vivant

On a tous envie d’être aimé, d’être compris, d’être écouté. On a tous envie de se sentir moins seul, d’accepter d’être au monde. On a tous envie d’humanité, de ne pas souffrir, de ne pas être séparé de ce que l’on aime. Pas envie d’être malade. Pas envie de vieillir trop vite. On a tous envie d’être reconnu dans ce que l’on fait, ce que l’on a fait. Envie d’être respecté, d’avoir fait les bons choix, de ne pas avoir raté sa vie, d’avoir servi à quelque chose, d’avoir donné du sens à son existence. On a tous envie que quelqu’un nous sourie, envie d’avoir raison, envie d’être différent, d’être unique, d’être comme les autres, on a tous envie d’être tolérant, curieux, envie de savoir, de ne pas tout savoir. Envie d’être beau, bon, d’être ici et d’ailleurs. D’être immortel. Oui, on a tous envie d’être quelqu’un de bien. Tous envie d’être complètement, intensément, infiniment vivant avant d’être mort.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Chorégraphie de Nina Dipla.
http://ninadiplaenlima.blogspot.com/2011/05/cchevallier-cchevallier-cchevallier.html

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Entre deux rêves

Le soir des fantômes passent sur le trottoir d’en face. J’entends des serrures qui se referment derrière eux. Leurs corps se penchent dans l’ombre. Je suis à leurs charnières. Je les regarde disparaître dans la perspective des platanes. C’est un florilège passant. Ils ont parfois la beauté de quelques absents. Ma mémoire besogne malgré moi. Je ne sais au juste aujourd’hui où se niche ma joie. Elle tombe des fenêtres. C’est une vieille sagesse qui vient d’après la mort, dans la perception méditative de l’heure. Et je pense au lézard qui respire là-bas. À la rosée qui s’est réchauffée tout le jour au soleil matinal pour disparaître dans la nuit. Je suis un peu comme elle. Je sèche entre deux rêves.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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L’oubli dérivant

Savoir tout de ce qui reste de la douleur de l’arbre qu’on abat. De la joie qui mûrit sur les cerises qui s’attardent. De la fatigue des vaches assoupies sous les chênes. Savoir tout de la rouille des portes qui ne s’ouvrent jamais. Des ventres attablés à la terrasse des auberges. Savoir tout de ce qui se consume à l’heure du lavoir, de la violence du ciel sur la terre retournée. Savoir tout de ce qui se conjugue dans la lente parole estivale, l’eau ruisselante des gravières, la brûlure du pain au sortir du four. Savoir tout de ce qui se répond d’étoile à étoile, du cœur au chœur de la longue attente solaire. Savoir que rien ne se retiendra jamais de cet instant dans la lumière présente à midi. Que tout se perdra dans l’oubli dérivant de la vieille galaxie.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Seulement essayé

Nous aurons essayé. Beaucoup trop douté de nos actes. Nous n’aurons pas toujours su choisir pour ne blesser personne. Peut-être aurions-nous pu, peut-être aurait-il fallu. Mais ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui notre route est là, faites de tout ce que nous fûmes. Qui peut en être juge sans être sûr de ne pas se tromper ? Et si nous n’étions que cette somme vacillante d’invisibles ferveurs, d’obscures capitulations, d’improbables résultats ? Et si nous n’étions même pas une somme mais la soustraction lente d’un infini qui nous dissout dans sa légèreté ? Je te regarde. J’ai vingt ans. J’ai dix mille ans. Un instant sans prise dans la chronologie. On m’oubliera. Moi, je ne m’oublie jamais. Tout cela ne veut rien dire. J’aurai essayé seulement. Seulement essayé.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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L’enfant sur le mur

Tu vis dans l’innombrable des hommes, sous des oiseaux qui ne se révoltent jamais. Quelqu’un a posé une balance sur le banc du carrefour. Le soir est en équilibre dans ta tête. Tu n’es pas plus victime que justicier mais il te faut ouvrir des cages. Avoir le courage d’aimer ton dissemblable. Tu n’es ni mort ni abandonné. Il faut que tu apprennes à être seul dans le charbon de ta nuit. Que tu t’habitues aux hurlements des vents contraires. Demain, hasarde-toi à ce qui se passe là-bas. À tout ce qui t’ensoleille. Prends la beauté comme une fête. Regarde l’enfant qui apprend à écrire sur le mur.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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La soif

Je dors quelquefois aux flancs du ciel dans la douce solitude d’une peinture. Il y a du métal dans les ombres mais cela n’a aucune importance. Un oiseau vient de la mer et repart exténué au dessus de la grand voile. Cela se passe dans un décor de songe et de soleil. Je file quelqu’un de loin dans une rue blanche et déserte. Une cloche lointaine sonne des heures qui n’existent pas. Interminablement, un homme défait les lacets de ses souliers. Une fenêtre au-dessus de lui se referme. Un miroir tombe dans le sable. Les lourdes vagues de l’océan heurtent la digue. Un canon de révolver est posé sur ma tempe. Cette nuit, le clown ne sortira plus de sa cage. Ses sanglots tomberont lentement dans le feu. Il n’y avait vraiment aucune raison de se réveiller. Peut-être un peu la soif ?

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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S’y tenir

Cet après-midi, je regarde mon livre ouvert sur le bureau. Je le trouve furieusement libre. Un chant inouï tremble derrière les mots qu’il dessine. Il m’adoube comme un chevalier dans la pénombre du bureau. Maintenant, je marche lentement dans l’herbe froide de ma tête. Le vieux vert des feuilles tombe sur moi. Décidément il n’y a aucune route sous ce ciel gris et bas. Elles sont pourtant là ces routes, dans les visages mystérieux de tous les possibles de l’homme. Sous le masque de l’automne, je n’en finis pas d’avoir faim. Une faim de vivre et de boire aux calices de quelques ratures obstinées. Cette nuit la pluie viendra battre la fenêtre. Mais l’hiver n’aura pas raison pour autant du désastre fragile du monde. Dès à présent, j’y veille par l’encre qui glisse, tranquille, comme le sang au bout d’une veine ouverte. Ce n’est pas grand-chose mais j’essaie de m’y tenir.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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L’astre

Je suis à toi mon astre. Pour une seule fois. Je vais sous ton habit bleu. Dans le concert de la ville, je touche des mélodies. Les oiseaux ont pris le pouvoir sur les berges. La vie est à l’ouvrage. Toi tu nous regardes de haut. Tu comptes nos ruines, les volets fermés de l’allée, les lèvres oubliées par quelques morts. Le sais-tu, je connais chaque soir toutes les ornières du parcours, les murs à hauteur d’épaules, les lustres qui s’allument. Mes pas se glissent dans la fourrure des feuilles mortes. Dans l’immense vacarme des rues, je ne m’épuise jamais. Parce que je ne suis jamais né. Parce que je t’appartiens, astre, dans l’orgue de l’automne. Tu peux descendre ici, disparaître. Je resterai toujours ton invisible, la main ouverte avant l’aplomb de mon tout petit rêve de promeneur.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Dessine

Tu enfonces le clou parce que tu crois en cette charpente que tu dresses. Tu te souviens que la beauté du monde était assise aussi sur le dernier banc de la classe. Aujourd’hui, tu fais la vaisselle pour ton grand amour. Tu brosses l’aurore pour que l’aurore brille tout le jour, ratisses de vieilles tristesses dans le jardin. Tu as lavé les vitres pour la caresse du dehors. Ta jeunesse te regarde avec indulgence. N’attends pas d’autres couleurs au milieu de l’automne. Il y en a suffisamment que tu n’as pas encore perçues. Tout ce que tu veux faire ce matin n’est pas très nouveau. C’est juste un peu flou parfois. Mais tu dois le faire avec beaucoup d’application. Et dessiner un sourire ne prend qu’une seconde. Alors dessine.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Sur l’escalier

 

Tu n’as pas trop vécu. Tu sais encore où se trouve la fraîcheur. C’est une fille aveugle sur une balancelle. Une fleur intacte au sol tombée dans la cohue. Une forêt de chênes dans ta tête. Ne te prépare pas à la pluie. Laisse-la descendre en toi quand elle arrivera. Cette force qui te soulève dans le matin, c’est la tienne. Elle n’appartient qu’à toi. Elle vient de la clarté de toutes les mémoires du monde. Elle se déplie dans le jour qui t’accueille. Elle t’attend. Eloigne de toi les hostiles sabliers. Avance, contourne, mais ne recule jamais. Qui est élève s’élève. Toutes les portes ne sont pas fermées. La joie existe sur l’escalier.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Le bonhomme rouge

Je n’ai plus d’avenir mais je pèse le poids de tout le présent. Je parle tout seul à mon  silence. Il y a des millions d’années j’ai inventé le feu et l’eau qui s’évapore au soleil. Je fus le premier homme dans l’espace. Je suis maintenant une arme rouillée sur le Chemin des Dames. Est-ce ma faute si mes outils sont taillés dans des livres ? Parfois mes mains se vident de leurs lignes de vie. Mon bonheur de rester ici est pourtant sans limite. Quand il pleut trop sur le fardeau de la ville, je me mets à l’abri. Parce que le ciel est toujours infidèle. Les trésors de l’amour souvent introuvables. Ne me demandez pas la dimension de l’homme. J’ai perdu mon maître et tous les gris-gris qui vont avec. Je n’écoute que ce qui roucoule dans la futaie. Et si vous saviez la joie que j’ai de voir mes miroirs s’enfoncer inexorablement dans la terre !

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz, le bonhomme rouge de James Colomina, place Jeanne d’Arc à Toulouse.

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Dans mon jardin

 

Vous y êtes tous mais je ne vous dirai rien de ce que vous faites dans mon jardin ni pourquoi vous vous y trouvez. Il y a une longue table avec une nappe blanche, du pain, du vin, quelques fleurs aussi. Les invités qui s’y trouvent sont des morts et des vivants. Il n’y en a pas un qui ne sourit jamais. Certains se taisent parce que c’est leur façon de parler. D’autres chantent parce que c’est leur façon de rendre leur blessure au monde supportable. D’autres rient et disent des bêtises pour les mêmes raisons. Certains ne savent pas ce qu’ils font là. D’autres se disputent mais ce n’est jamais très sérieux. Ça parle de politique, de poésie, d’utopie, de fraternité, d’avenir, d’enfance, d’amour surtout. Parmi les morts, beaucoup sont soulagés de ne plus souffrir. On s’inquiète de quelques absents, on attend le vieux jardinier qui doit réparer la treille. Il y a toujours un air de fête dans mon jardin. Mais c’est une fête très lente et souvent silencieuse qui n’a aucune emprise sur le temps. Un jardin que je déplace toujours avec moi. Si vous passez dans le coin, poussez le vieux portail. Il est rarement fermé. Ça fait bien longtemps que j’en ai égaré la clef. Il reste de la place. Et n’ayez surtout pas peur des chiens. Ce ne sont que des aboiements de joie pour vous accueillir. Ah j’oubliais. J’adore aussi les chats.

Bruno Ruiz, 2019
Photo Bruno Ruiz, mai 2019

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Ça dépend

 

Ça dépend de la visibilité ou non de la lune. De la vitesse et de la démarche des passants. De la qualité du sommeil de ta nuit, de l’air que tu respires. Ça dépend du temps qu’il fait, des nouvelles du matin, du sourire et du son des voix qui t’entourent. Ça dépend de l’âge que tu te donnes au-dessus du lavabo, de la mouche que tu fais sortir ou non par la fenêtre, du nombre de factures qui tombent dans ta boîte aux lettres. Ça dépend du téléphone qui s’obstine à sonner ou à ne pas sonner, de ta fatigue dans les jambes quand tu sors, du mal au dos quand tu te penches, des cervicales quand tu tournes la tête. Ça dépend du temps qui passe de plus en plus vite, de l’imminence de l’hiver et du nombre de feuilles qui restent sur les platanes. Ça dépend de toutes ces choses qui t’échappent. Mais si tu ne fais pas ce que tu as à faire, ça ne dépend que de toi.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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Donner des leçons

 

Savez-vous pourquoi j’adore donner des leçons ? Parce que j’ai besoin d’en recevoir. Je n’ai jamais bien compris ceux qui disaient : « je n’ai de leçons à recevoir de personne. » Mais comment font-ils dans leur vie ? Comment est-ce possible de ne jamais douter, d’être toujours sûr de ce que l’on fait, de ce que l’on a fait, ce que l’on devrait faire ? Dois-je m’interdire d’être curieux de ce que je veux apprendre pour ne pas avoir à recevoir des leçons de personne ? Je vais écouter des conférences, je lis des livres impossibles et plus je vieillis plus je trouve le monde complexe, les évidences discutables, les êtres et leurs pensées contradictoires. Et tout ça, savez-vous qui me l’apprend surtout ? Ma petite fille. Parce que c’est une sacrée donneuse de leçons !

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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