Les mots

Impossible de les retenir, les mots. Ils se bousculent ces affreux menteurs. Ils t’attrapent par le son, te tirent la langue. Ils te désignent et te chatouillent de leur musique, de leur inexactitude. Ils t’amusent  et t’insultent. Dessinent ce qui n’a jamais existé. Ils te nomment et te contournent, ces mots terribles dans ta gorge. Ce sont des murmures sur tes lèvres, la respiration d’un aveu. Ils trônent dans tes livres, resplendissent dans les yeux de l’aimée. Ils grossissent le trait, rendent légers la lourdeur de la mort. Il sont beaux les mots quand ils avouent et jurent, splendides et nets, caressant la vérité, l’exténuement du souffle. Ils sont beaux ces mots qui cherchent l’autre, l’image juste sur la page, l’élan du chant dans la voix. Non, c’est impossible de les retenir les mots quand ils se taisent après les larmes. Car ce sont eux qui savent le mieux parler à notre silence. Notre haut silence. Notre silence de parole.

Bruno Ruiz, 2021

Image, Bruno Ruiz, 2021

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Classé dans Dans le désordre

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