La petite balle perdue

Je meurs quelquefois d’une balle perdue. Une phrase mal placée. Je n’attends qu’une vie un peu plus vaste. Un mouvement inespéré du corps en marche. Je ne demande rien de tranquille. Simplement, je travaille. J’ouvre des mots comme des boîtes. J’interprète mes épaves. J’interpelle mes entraves. Je m’initie à des fleurs immortelles. En vieillissant, j’évite le plus possible les énigmes. Il fait décidément trop froid dans le noir. J’obéis au soleil. Il connaît mieux que quiconque le routage des grands feux, cette véhémence du poème qui hésite à naître. Je suis désormais fatigué de toutes mes archives. Cet été, c’est décidé, je les brûle toutes. Pour apprendre à oublier mon âge et n’en retenir que sa mémoire vive. Je crois que je suis sur la bonne voie. Je me le dis à chaque balle qui m’évite.

Bruno Ruiz, 2020
Bernard Buffet, Compotier et revolver, 1949

Poster un commentaire

Classé dans 2020, Les infinis provisoires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s