Ce qui m’habite

Ce qui m’habite aujourd’hui je le dois à tant de héros sans nom, de fleuves souterrains, d’Espagnes jamais advenues. Je le dois à tant de forêts magiques, de chansons sans importance, de sables foulées. C’est une mémoire inespérée, une peinture jamais finie, le séisme d’un poème. C’est une laisse abandonnée, celle d’un chien à jamais reconnaissant. C’est un visage embrassé sous la lune, une maison céleste au milieu des acacias. Un manège emportant des vieillards sur des chevaux de bois, des labyrinthes qui s’effacent. Ce qui m’habite aujourd’hui, c’est la promesse d’une rencontre, le geste d’un semeur, la conscience d’un mort. C’est une vie qui me précède et cette main que je tends pour la dernière ronde. C’est presque rien au fond et c’est le monde entier. L’héritage incessible des hommes. Un coquelicot tombé par hasard sur le linceul de ce vieux monde qui s’écroule.

Bruno Ruiz, 2020
Peinture, Francis Bacon, Study for Figure V, 1956 oil on canvas 60 x 46-1/2 Berkeley Art Museum

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Classé dans 2020, Les infinis provisoires

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