Métaphysiques du silence

Je n’ai jamais autant écrit pour moi afin de rejoindre le monde des hommes. Plus l’étau de la vie se resserre plus je fraternise avec une certaine idée de cette éternité humaine qui m’habite. Dans la rue, il y a un silence qui ressemble aux métaphysiques des toiles de Chirico. La Terre semble un vaisseau arrêté dans l’univers. Son commandant masque difficilement sa jouissance d’être au pouvoir mais il se trompe de mots trop souvent. Ma langue à moi, ma rhétorique, je l’avoue, a la grimace d’une ivresse un peu inconsciente. Mais on nous condamne à quoi au fond ? À un recueillement sur soi que l’on avait oublié par habitude ? Et si tout cela n’était qu’un appel à se rassembler contre les véritables fauves ? Une remise à jour du compteur de nos essences communes ? Je regarde la fauvette dans le sureau. On dirait qu’elle rit. Aujourd’hui, mon père aurait 111 ans. Bon anniversaire, papa. Tout cela ne te plairait pas beaucoup. Mais cela ne te regarde plus. Et tu as bien de la chance.

Bruno Ruiz, 2020
Giorgio de Chirico, Metaphysics of silence, 1919

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Classé dans 2020, Les infinis provisoires

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