Minoritaire

Je suis sans espérance, avec quelques statuettes aimées et poussiéreuses au fond de mes poches. Depuis des siècles j’avance courbé contre des vents contraires, longeant un mur que moi-même et les miens n’ont jamais pu franchir. Ce soir je suis fatigué d’avoir cru, éreinté de slogans, de vieux discours, de fausses promesses. Je prends la main de ceux que j’aime comme un dernier défit à la bêtise humaine, un baiser à la beauté d’être. Me pardonnerez-vous toute cette défaite qui m’envahit soudain, cette cuve d’aisance qui déborde sur les épaules du monde ? Prendre de la hauteur, voilà l’enjeu. J’essaie de m’accrocher à la corde des mots, me hisser au-dessus du cloaque. C’est ma façon de voir les hommes. Mais je ne suis pas meilleur qu’un autre. J’étais seulement né pour être minoritaire.

Bruno Ruiz, 2020
Photo, Bruno Ruiz

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Classé dans 2020, Les infinis provisoires

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