Le moment venu

Quelle tête ferai-je le moment venu ? Garderai-je la bouche ouverte, les yeux fermés ? aurai-les doigts crispés, le corps sur le côté ? deviendrai-je vite froid ? me laissera-t-on longtemps dans cette position inconfortable et un peu ridicule ? que pensera-t-on de la longueur de mes ongles d’orteils que je n’aurai pas eu le temps de couper ? et mes cheveux ? mes cheveux seront-ils bien arrangés ou en désordre ? Et dans ma tête ? que se passera-t-il dans ma tête pour que je demeure aussi immobile ? Je n’espère qu’une chose : avoir vraiment tout oublié. Qu’il ne reste rien de vivant dans ce corps désormais inutile. Que tout soit prêt à se consumer pour disparaître. Qu’il ne reste de moi vraiment plus rien de corporel. La raison tout à fait vide. Je ne demande pas grand chose. Je ne veux être que cette petite somme d’images lumineuses et dansantes dans les yeux apaisés de ceux qui m’auront aimé. Seulement un peu de leur mémoire provisoire et joyeuse avant de tomber tout à fait dans l’oubli du monde.

 

Bruno Ruiz, 2020
Photo, Bruno Ruiz

Poster un commentaire

Classé dans 2020, Les infinis provisoires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s