Oubliables

Je le sais bien, nous sommes oubliables. Nos vieilles photos se perdent dans les déménagements, les fuites mémorielles. Nous ne sommes même pas des vélos tombés dans le canal. Nous disparaissons par des fenêtres ouvertes, par toutes ces eaux des reflux atlantiques. Nous sommes des poussières humides collées à nos souliers dans les allées de l’automne. Nous n’avons rien d’éternel. Seul existe un infini que nous portons en nous dans l’adn de notre vie, comme un trésor qui fait un pied-de-nez à Dieu et à ceux qui ont inventé son histoire. Il n’y a rien à faire. J’ai beau écrire, aimer, retenir en moi cet instant de grâce qui nous contient sous les étoiles, mon corps descendra bientôt lui aussi dans les flammes. C’est comme cela que ça se passera. Mais en attendant, je fais toujours partie de l’espérance des hommes. Et je chante. Vous n’imaginez pas à quel point je chante.

 

Bruno Ruiz, 2019
Photo, Bruno Ruiz

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Classé dans 2019, Les infinis provisoires

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