Nos châteaux en Espagne

Nos châteaux en Espagne n’en finissent plus de pourrir, de s’oublier dans les latrines. Leurs odeurs nous parviennent par-dessus les Pyrénées. Ça pue la France d’avant-guerre, ça pue en Europe, ça pue au Moyen-Orient, ça pue en Amérique, en Russie. Ça se putréfie dans des solutions primaires et provisoires, ça fabrique de la haine, ça pense primate, ça colle à des vieux slips kaki et bruns, ça excite les abrutis et les analphabètes, l’annal des bêtes et l’anus miserabilis. Ça s’arme sur nos larmes, ça se police sur les joyeux désordres des carrefours, plonge les fausses démocraties dans la démagogie des pouvoirs durs, ça s’essuie les pieds sur les migrants, les balais-brosses à reluire des plateaux de télévision. Ça surfe sur le vide, la décadence, la fin du monde, la fausse espérance des lendemains qui chantent et l’écologisme électoral. Ils tombent en ruine nos châteaux en Espagne ! dans les courants d’air, ils s’en vont rejoindre l’effondrement des banquises. Et moi je suis là, avec mes mots, avec mes morts, mes pauvres petits mots au milieu du silence filmé d’un abandon planétaire, dans la sidération sidérale d’un vide-ordure qui s’encombre de jour en jour, et je me demande. Je me demande : quand serons-nous vraiment ensemble ?

Bruno Ruiz, 2019

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Classé dans 2019, Les infinis provisoires

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