Sentir le linge

 

Le matin, j’ouvre les journaux pour m’informer des merveilles du monde. C’est de plus en plus difficile. Ça piétine dans l’horreur, l’abjection, l’insignifiant, l’inutile, l’approximatif. Les doctes se drapent dans leur cape de lucidité mais se contentent de longer les murs d’enceinte. La splendeur expire. Le matin, le plus dur c’est de se taire. De fermer les yeux. D’aller chercher la perfection dans la légèreté d’une ombre sur la terrasse. Vous allez me dire que tout cela est très égoïste. Sans doute. Mais j’ai besoin de danser à cloche-pied dans le caniveau. Sentir simplement le linge propre sur le fil. Je ne vous dirai rien de tout ce qui m’entaille et me lacère. Cela n’est que du plomb qui leste mon vieux rêve obstiné. Ça n’intéresse personne. Être intelligent c’est réussir à être heureux.

Bruno Ruiz, 15 octobre 2019.
Peinture : Laundry Drying, Petit Gennevilliers, Gustave Caillebotte,1892

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Classé dans 2019, Les infinis provisoires

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