La joie qui dure

Je vis ce matin dans le muscle engourdi de l’hiver. Dans le froid exorbitant de ma mémoire. Ma barque est immobile dans les glaces. Elle attend la renaissance des eaux. Un ciel rouge sur ma tête. Mon visage est humide mais je ne pleure pas. Le temps me hache. Je mords de l’air. Ainsi vont les aigus de mes gammes. La mystérieuse roue sur le chemin de terre. Je n’ai pas de couleur à vous offrir. Je n’ai que ce fil fragile auquel je m’accroche pour vous rejoindre. Demain est si pointu. J’espère en ce qui dure, cette vie dans la bouche, ce tremblement de mes membres. Je n’ai pas peur du châtiment. Je veille à la joie qui dure.

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Bruno Ruiz

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