Apprendre à attendre

Je ne me réveille jamais tout à fait. Je m’attarde dans l’espérance. Je n’en finis jamais de contempler ce monde que je devrai un jour quitter. Il y a toujours quelque part une aile d’oiseau que je ne connaissais pas, le miracle d’une fleur près d’une arme tombée. Il y a toujours un petit chant qui monte de l’exode, une larme glissant sur l’armure. Je sais bien que j’ai tort de perdre ce peu de temps qui me reste. Mais qu’en ferais-je d’autre ? Si je suis un jour la preuve du silence de mes mots, leur soif d’exactitude, j’aurai rempli mon contrat d’alliance entre la force des solitaires et l’inertie de leur foule. J’aurai appris à attendre. C’est pas si mal, non ?

Bruno Ruiz, 2019
Photo : Arrivée du train en gare de la Ciotat, 1896

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