Bruno Ruiz / Le maître de ma tristesse

Voici l’ombre changeante. Des hommes sont en mouvement. Il nous faut nous ouvrir maintenant aux miroirs et aux fontaines. À la peau du temps sur les murs qui tant nous peinent et nous dessinent. Il nous faut accepter le vacillement des espérances. Tout cet ocre du soir descendant sur nos épaules. Il nous faut entendre le souffle qui nous guide, épouser chaque reflet, goûter à la pulpe des fruits les plus inattendus, boire à la coupe de tout l’inavouable. Tout à l’heure, je m’endormirai sous la lune sereine. Je n’attendrai pas les absents. J’essayerai de comprendre ma route obstinée parmi les secrets de mes  vieux cadres. Je mordrai à leurs rides. Leur blancheur sera infinie sur mes ailes. J’aurai enterré dans le sable tous ceux que j’aime. Un peu de la hache de leur guerre. Je serai enfin le maître de ma tristesse.

Bruno Ruiz, 2018
Photo : Bruno Ruiz

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