Bruno Ruiz / Le jardin

Quelque chose de l’univers traîne dans le jardin. Une odeur de terre et d’étoiles. Une vieille musique à l’agonie. J’entends se froisser les feuilles mortes dans le temps vorace de l’automne. Ce qui tremble dans l’air est un peu de ma chair. L’anesthésie d’un parfum dans l’arbousier qui penche. J’assume mes émotions. Il était grand temps à mon âge. Je me drape aujourd’hui de silence. Il y a un ennui presque bleu accroché dans le ciel. Une espérance qui traîne un peu les pieds. Le maquillage d’un sourire. Ce soir, je prendrai le dernier train pour l’impossible et tomberai par accident par la portière. Puis, par quelques voies obscures, je rentrerai, apaisé, pour me glisser dans la douce tiédeur de la chambre. Et le jardin s’éloignera une fois de plus dans la nuit, comme une barque fraternelle.

Bruno Ruiz, 2018
Photo : Bruno Ruiz

Poster un commentaire

Classé dans Dans le désordre

Les commentaires sont fermés.