Bruno Ruiz / Au milieu du Grand Rond

Ici, le jour est lumineux ce matin. On a peine à pense que le sang coule quelque part, que le rêve n’est ailleurs qu’un cauchemar. Pouvons-nous vivre non-coupable ? Pouvons-nous chanter sans crier ? Des navires de cadavres traversent l’horizon dans cet azur serein. Tout me sépare des violences mais ce que je sais salit mes pas dans l’herbe grasse. Suis-je muet de tous vos silences de geôles ? J’ai des bruits de tanks dans la tête, des déflagrations dans le désert, des couperets près des mosquées. Je voudrais que se dénoue ce monde comme un air de mandoline dans cette ruelle étroite où s’endort le premier soleil du printemps. Je voudrais que toute flèche retombe dans les vasques des fontaines, le flot des veines des passants. Je ne peux pas être totalement d’ici et je ne suis pas non plus d’ailleurs. Je suis une balle de kalachnikov arrêtée au milieu du Grand Rond.

Bruno Ruiz, 2018
Photo : Bruno Ruiz

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