Bruno Ruiz / L’ascenseur



La première fois que je suis monté dans un ascenseur, ce fut si rapide, si haut et si vertigineux que je suffoquai, ne voyant même plus le paysage. Sans trop se rendre compte à ce moment-là du mal qu’il provoquait, le plus beau des anges me poussa dans le vide et comme je n’avais pas de parachute, je m’écrasais presque mortellement au sol. Il me fallut des années pour rassembler mon squelette. Par la suite, je pris pas mal d’ascenseurs. Je montais quelquefois assez haut, aussi vite, mais j’avais toujours la prudence de garder un œil sur l’escalier de service pour pouvoir redescendre sans tomber dans le vide. Et puis un jour, je croisai quelqu’un dans le même ascenseur que moi et nous choisîmes de descendre ensemble au même étage, ni trop haut pour ne pas manquer d’air, ni trop bas pour garder une vue imprenable et durable sur l’horizon. Je me suis installé depuis sur ce nuage merveilleux et rassurant. Le temps n’a plus trop de prise sur moi. Il file entre mes doigts comme le sable d’un incroyable sablier. Je ne reprendrais l’ascenseur que pour redescendre une seule fois. En tous cas, c’est ce que je pense pour l’instant…

Bruno Ruiz, 2018
Photo : Bruno Ruiz

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