Bruno Ruiz / Les premiers retardataires

Toutes ces silhouettes qui disparaissent dans le brouillard. Elles n’auront été que la proie du temps qui passent, la pitance de l’oubli. Prends ma main pour me retenir un peu dans cette aube qui n’en finit pas. Donne-moi quelques gages pour me prouver que tout cela a bien un sens. Dis-moi que cette rue va quelque part. Que tout ce que nous avons fait, aimé, construit, fait naître, se perpétuera quelques ans après nous, qu’il ne fut pas vain d’attendre tout ce temps. Dis-moi que nous fûmes utiles à quelque chose, ne serait-ce qu’à cet équilibre fragile dans la déambulation des premiers retardataires. Ne t’en fais pas, dans quelques heures, midi sonnera à nouveau au dessus de nous-mêmes. J’essuierai la buée de mes lunettes et tout sera plus net en moi, plus précise l’image de ton corps qui avance lentement près de moi.

Bruno Ruiz, 2018

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