Bruno Ruiz / Carambar

Je m’en vais t’éclater le format, te décaler l’autoroute, te décalquer la métaphore, te déconstruire la bâtisse, te sursaler la chicorée. Je m’en vais t’expertiser le mou, t’opaciser la glasnost, te désherber le larynx, te mélanger les névroses, t’enrayer la machine à syntaxe. Et quand j’aurai fini, je te remixerai les coutures, te racornirai cucul-la-pralinette, te repomaderai la nostalgie avec du sérum de vrai mensonge, et je t’enfoncerai mon os pariétal dans ton enfance jusqu’à ce que tu oublies que je suis un futur septuagénaire qui en a marre qu’on lui blesse les oreilles avec des otoscopes sous prétexte que pour être sourd il ne faut pas entendre ! Et tu peux me renégocier le monoplace avec l’heure qui tourne, je t’aimerai toujours comme le Malabar que l’on mastique même quand il perd un peu de saveur. T’aimerai toujours comme un iris dans la cervelle d’un aveugle. Non, je ne suis pas si bête. C’est écrit au dos d’un Carambar.

Bruno Ruiz, 2018
Photo : Bruno Ruiz

Bruno Ruiz, 2018
Photo : Bruno Ruiz

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