Bruno Ruiz / Agates

Je me souviens certains soirs, je passais devant la boutique de l’oiseleur. J’avais peur de réveiller les premiers cris de la nuit. Des arbres pleins de parfums tombaient du ciel. Dans ma poche, je tenais serré l’agate précieuse que j’avais gagnée au jeu du triangle. C’était une émeraude. Alors, lorsque j’étais certain que personne ne pourrait me voir, je collais mon œil sur la loupe, et dans les derniers rayons du soleil, je voyais naître des anges aux sourires benêts tout droit jaillis des gravures de mon beau missel. Ils s’éloignaient bientôt dans des paniers d’osier qui descendaient lentement d’un fleuve imaginé vers la mer. Et je roulais longtemps ma bille entre mes gros doigts d’enfant triste que je cachais comme je pouvais pour ne pas effrayer la silhouette délicate et légère des filles.

Bruno Ruiz, 2018

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