Bruno Ruiz / La métamorphose des abîmes

Oublié sous des draps blancs et humides, j’entendais passer les chevaux de la nuit, des hordes descendues du ciel sombre dans quelque débordement d’équinoxe. L’automne interminable battait aux portes-fenêtres froides et je rêvais d’épaves fabuleuses au fond des eaux sombres, de clefs inouïes dans des livres mille fois relus. Des feux s’allumaient. Je décalquais des forêts magiques dans le soir. J’avais trop d’encre violette sur les doigts, de légendes en retard. Sur les murs suintants au-dessus de ma tête, entre deux cauchemars tenaces, descendaient d’étranges insectes et des silhouettes mouvantes. Le vent du nord balayait la véranda mais au fond de moi c’est un grand feu qui brûlait, une incandescence naviguant jusqu’au cœur, une énigme dans les accords improbables d’une mélodie murmurée. Je grandissais au milieu d’un carnaval silencieux, de bateaux presque immobiles dans la métamorphose d’abîmes qui ne m’auront jamais quitté.

Bruno Ruiz, 2017

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