Bruno Ruiz / Cette enfance-là

Ce furent des nuits que toute cette enfance-là. Je demandais plus d’opacité au vertige du jour. Je restais sans voix devant des téléphones morts. Le temps passait par tous les courants d’air, les interstices des portes glacées par le sel marin. À ras bord d’amertume, j’écoutais les rafales de pluie balayant ma tête et tout se précipitait vers l’océan, comme happé par les abysses. Nu de silence, je m’oubliais en vain dans le désordre des pins. Au fond, je débordais comme un verre trop plein sur la nappe d’un ennui plus compact que ce sable profond où l’on abandonnait les cercueils avec une indifférence effrayante. J’attendais. Telles furent ces années de traîne, comme des vieux nuages gris dans un azur trop haut pour que je m’en souvienne encore. Je me construisis sur l’épouvante de phrases que personne jamais ne pourrait lire.

Bruno Ruiz, 2017

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