Bruno Ruiz / Je chante

Je chante dans la dispersion du monde, les rafales d’azur, des mots d’amour que l’on prononce en général à voix basse. Je vis dans l’énonciation des étoiles, le poignard des horloges ricanantes, les doigts collants du sucre les jours de fête. Je chante dans la vieille blessure des arbres, le vent dans la forge des villes et la chevelure échappée du chapeau de l’automne. Je chante sous le poids célestes des absents, sur les montagnes râpées des fonds marins, dans la crypte de la femme aimée. Je chante dans les flûtes des branches, les dents dans le soleil, la tubéreuse plantée dans la belle solitude. Je chante sur un cerisier à midi au milieu des étourneaux parce que je cherche dans chaque mot un peu de notre secret commun et puis aussi parce que j’ai sans doute trop gardé en moi de choses inutiles et qu’il est grand temps de m’en séparer.

Bruno Ruiz, 2017
Peinture : Bruno Ruiz

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