Bruno Ruiz / Toi

Il y a le parfum de la terre juste après le coucher de soleil, le grincement du volet le soir quand on le ferme. Il y a l’odeur des vieux livres dans la bibliothèque, une petite couleuvre dans l’ombre des capucines. Il y a une mouche prisonnière qui frappe à la vitre pour sortir, le bruit de la machine agricole qui se rapproche et l’odeur d’une banane dans l’entrée. Il y a la tortue qui souffle quand on la déplace, un vieux numéro de Vogue dans les toilettes, la viande qui frit sur les braises et la trace mouillée des orteils sur la terrasse ensoleillée. Il y a un rai de lumière sur le plancher de l’étable, le désordre de la chambre, l’odeur de la savonnette dans la salle de bain et un vieux disque de Gilbert Bécaud posé sur le bureau. Il y a le puits couvert de tuile, des avions de ligne qui font des traits blancs dans le ciel, le bruit du stylo-plume sur le papier et la petite branche cassée du figuier sur le chemin. Il y a « Le jeu des mille euros » par la fenêtre de la cuisine, le lézard qui disparaît derrière les iris, une chaise qui pourrit sous les chênes, le bruit de la chaîne d’entrée quand elle tombe dans l’herbe et puis il y a toi. Partout.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : Bruno Ruiz