Bruno Ruiz / Saluts

Je chantais comme une flèche sans cible, un animal traqué dans les rayons des projecteurs. J’aurai fait musique des douleurs, poèmes des blessures. Ils s’éloigneront dans quelques heures mais je n’oublierai pas vos sourires bienveillants et la pluie solaire de vos mains. Si vous saviez comme j’ai peur parfois de me tromper dans la nuit minérale de la scène ! Je chantais face à l’épouvantail de la mort et l’éventail de ces mots partagés. Ma voix retombe maintenant entre des mondes après la brûlure d’un éclair. Vous aurez peut-être touché mon sang. Ne riez pas trop de mes hémorragies. Elles ne cherchaient que la part commune de tout l’inconcevable. Je ne chantais ni pour vous ni pour moi, mais seulement pour cette langue illisible du silence que l’on aura respiré ensemble au milieu du théâtre.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : Katty Castellat

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