Bruno Ruiz / Le caillou

Ce matin dans une ruelle, j’ai trouvé un caillou qui me souriait. Quelqu’un l’avait déguisé d’un visage étrange. Je me suis souvenu qu’un hiver, en rentrant de l’école, je fus pris de compassion pour l’un d’eux, abandonné sous les glaces d’un caniveau. Je le pris dans ma poche, le séchais, et il demeura de longues nuits mon compagnon de solitude sous mon oreiller. Longtemps, je lui racontais des choses qu’on ne dit à personne. Mais peut-être est-ce vous qui avez peint celui-là ? Je voulais simplement vous dire ce soir qu’il arrive encore à certains enfants seuls de pleurer sans trop savoir pourquoi et à certains adultes de se souvenir de la violence du temps qui passe quand l’eau ruisselle sur les cailloux.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : caillou peint, trouvé dans une rue de Talence ce matin.

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