Bruno Ruiz / Elle

Elle avance sur la route. Elle marche devant moi. Je suis en retard comme toujours. Elle me laisse m’endormir, accepte ma tristesse. Elle ne m’attend jamais. Elle connaît l’heure qu’il est, le temps qu’il va faire. Elle a les mains dans la broderie du soir, le chat sur les genoux, la tête penchée sous la lampe. Elle pleure encore de la misère du monde. Elle rit en silence. Elle connaît les erreurs de ma vie, le socle de mes larmes, l’ivresse de mes enfances, le chant de mes mots. Elle accompagne mes lenteurs, me secoue jusqu’à ce que le poison de la mort tombe enfin, ruisselle sur le vieux plancher qui craque de sa présence comme la table d’un violon. Elle est au milieu de tous mes voyages. Elle est cette ombre chinoise. Une silhouette dans le crépuscule qui avance.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : Bruno Ruiz

Poster un commentaire

Classé dans Dans le désordre

Les commentaires sont fermés.