Bruno Ruiz / Offrande

Je n’ai rien a vous offrir que le verre renversé de mes ivresses, la main tremblante pour une caresse, des lèvres pour le sel de vos larmes. Je n’ai rien à vous dire que vous ne sentiez déjà dans les replis de vos silences, votre nuit verticale, votre jour accueilli. Je viens du confins de quelques banquises pour vous offrir une écharpe fraternelle, un bruit qui voudrait devenir musique, une danse maladroite pour nos joyeux cortèges. Je vous écris de ma fenêtre une sereine prière pour qu’elle tombe quelquefois dans votre rue sale de pluie, grise d’ennui. Suis-je une part du socle de votre espérance, un avion blanc qui essaie de dérouter les foudres, un pays du dedans qui tente de redessiner le monde à la pointe aigüe de l’horizon, ce crayon d’infini dans le cahier du ciel ? Je n’ai rien à vous offrir que de nommer cette beauté que nous oublions trop souvent, quand nos doigts s’engourdissent dans les premières gelées de nos matins d’automne.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : Bruno Ruiz

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