Bruno Ruiz / Le passé

Le passé, ça n’existe pas, c’est comme l’éternité, c’est un truc dérisoire qui s’effiloche dans la lumière éveillée du crépuscule, un cahier d’écolier qui moisit dans le carton d’un grenier, la caravane d’un vieux cirque qui s’éloigne sur une route en hiver, les débris d’un poste à galène dans une forêt, un train qui a oublié toutes ses gares. Ça disparaît dans les trous noirs, les siphons des égouts, l’usure floue des larmes, la peau froissée d’une main qui tremble. C’est une forme qui s’en va lentement comme une algue dans le courant du grand chenal, un silence au milieu du vent, une porte qui claque sur l’enfance. C’est ce vieux machin qui nous a fait rêver entre deux insomnies et nous fait maintenant sourire au milieu de la nuit en essuyant nos yeux qui ne voient plus très bien dans l’ombre du couloir. C’est comme l’éternité, le passé. Ça n’existe pas.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : X

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