Bruno Ruiz / Douze ans

Depuis que j’ai douze ans j’avance quelque part dans le brouillard d’un poème. Des voix résonnent en moi, des paroles de pluie, quelquefois solaires. J’ai des cathédrales dans ma tête, des orages qui n’éclatent jamais, des mots tombés d’un ouragan. J’apprends à caresser le corps de ma langue, un goût de sel dans la bouche, de sucre sur les doigts, d’ivresse silencieuse. La mer coule en moi vers le dénouement du chenal, l’ascension des mouettes. J’ai quelques entailles dans le dos qu’il me faut oublier, celle d’un faux ami, celle d’une vraie mort. J’ai dans les yeux des miroirs qui perdent leur face, dans la gorge l’écho de quelques chants, des mains pleines d’encres anciennes. Il ne sert à rien de fuir la mélancolie pas plus que de se complaire dans la nostalgie. J’avance avec le mufle d’un animal sur la nuque, aveuglé par une obscurité de cendres, fasciné par une chanson qui ne demande qu’à naître.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : à 12 ans

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