Bruno Ruiz / La tasse de café

Après le déjeuner, le café est une récompense, une sorte d’amertume désirée, un passage au noir dans les ombres lourdes de l’après-midi. Quelque chose en nous se clot et s’ouvre à la fois comme une aube crépusculaire. Le breuvage brûlant entre dans notre corps comme un incendie qui viendrait s’éteindre dans un gouffre. Mais le délicieux nectar n’endommage jamais notre désir de sieste. Il fouette seulement un rêve qui ne cherche qu’à s’éveiller sous les arbres immobiles. Il faut qu’il demeure rare dans la répétition des minutes, la reptation digestive, l’évanescence implacable du soleil. Il nous habille d’une intensité qui nous habite, nous délivrant comme un point d’orgue à la partition du repas. S’en priver serait ne rien savoir des saveurs qui tardent à se dissiper dans les reliefs de la table que l’on va quitter.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : Bruno Ruiz

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