Bruno Ruiz / Crier

Crier avec justesse, le temps d’être heureux. Crier sans se soucier du silence. Juste pour que le corps rejoigne l’esprit dans le démantèlement des horloges, les instants tombant comme les dés sur la feutrine verte des tables de jeux. Crier pour que la voix retrouve le sens du chant au milieu des troupeaux endormis avant la transhumance. Crier pour dérouiller la léthargie de ceux qui s’enterrent avant de mourir, ceux qui renoncent avant d’avoir essayé, qui glissent dans les marécages du facile, la boue des soumissions, la vase des habitudes. Crier pour participer au grand vacarme de l’univers, la symphonie des colères, le renouveau des chocs. Crier contre l’ennui des moribonds, la nuit des morts pour de bon, et retirer lentement l’écharde plantée dans l’espérance des hommes.

Bruno Ruiz, 2017
Le cri, d’Edvard Munch, 1893

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