Bruno Ruiz / La jeune fille en robe jaune

Je ne suis jamais vraiment seul dans ma tête. Parfois, j’entends des inconnus. Ils parlent à voix très basses, dans les lenteurs de ma mémoire. Ils habitent en plein soleil, dans des maisons étranges que je connais bien. Elles s’ouvrent sur une mer immobile, un parfum d’ananas, un horizon inutile. Il y a sur le sable une longue table couverte d’une nappe en toile blanche. Des couverts desservis, des bouteilles de vin renversées, des chaises vides en désordre. Personne n’est ici en dehors de cette jeune fille en robe jaune qui se balance sous le grand chêne. elle ne sourit jamais. On entend au loin un accordéoniste et toujours ces inconnus qui parlent à voix basse. Des chemins disparaissent bien dans les hauteurs du paysage mais je ne les prendrai jamais. D’ailleurs je n’existe pas. Je ne suis que cet air qui sommeille tranquille, une absence qui se promène dans le paysage.

Bruno Ruiz, 2017

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