Bruno Ruiz / Jardin des Plantes

Ainsi n’en finirai-je jamais d’être cet invisible curieux, le voyeur transparent de ceux qui passent, lentement, furtivement, lourdement, légèrement dans ce Jardin des Plantes si familier, ces êtres glissant dans leurs habits choisis, leur démarche singulière, leurs pas irréguliers, la patience des jeunes mamans attendant leur enfant rêveur devant un arbre, ce vieillard somnolant sur un roman au bout du banc, ce joggeur plein de sueur traversant la grande allée, cette jeunesse riante s’abandonnant sur les pelouses. Et puis aussi cette fille pleurant dans les bras de l’homme qui la console, la fière et sérieuse allure du garçonnet à dos d’âne, un vieux couple très lent qui monte la passerelle, l’éternité qui tourne sur le manège, l’entendez-vous chanter cette belle humanité ? C’est la nôtre. Elle s’insinue dans notre jour commun. En descendant de sa voiture, quelqu’un a laissé tombé des œufs. Le croirez-vous, ils sont intacts. Il y a des miracles à chaque coin de notre vie. Il suffit de les percevoir, de bien les observer. Et simplement d’y croire un peu.

Bruno Ruiz, 2017

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