Bruno Ruiz / Nini

J’adore Nini. Cest une femme formidable. Certes, un peu obstinée mais plutôt intelligente. Figurez-vous que cela fait plus de trente ans qu’on l’a mise devant une machine à sous qu’elle a construite elle-même avec ses amis, mais ce n’est pas elle qui récupère la monnaie en fin de journée. Elle en a un peu marre. Et en plus, pour la faire fonctionner, on la force à mettre une pièce dans la fente en lui expliquant qu’il faut séparer le côté pile du côté face. Tu parles d’un tour de force ! Des années qu’elle essaie sans y arriver. Elle fait tout bien pourtant. Mais la machine est vieille et ses pièces ont de plus en plus de mal à la faire fonctionner. Evidemment on lui explique que l’heure est grave. Qu si elle ne met pas la pièce dans la fente c’est la fin du monde, du jeu, de tout le grand truc. Qu’on ne peut vivre qu’avec cette machine-là, qu’il n’y en pas d’autres, qu’il n’y en a jamais eu d’autre et qu’il n’y en aura jamais d’autre. Mais cette fois, Nini, elle commence à se demander si on ne la prend pas pour une imbécile. Elle a décidé de ne pas mettre la pièce dans la machine. De s’abîmer les ongles a essayer de séparer le côté face du côté pile. Elle va s’en servir pour cotiser à l’achat d’une machine neuve. J’adore Nini.

Bruno Ruiz, 2017

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