Bruno Ruiz / L’ensevelissement du monde

Les habitants avaient quitté la ville. Dans les allées désertes, les feuilles roulaient leur somme d’hiver. Sous les abri-bus, il régnait un parfum sans couleur. Et tandis que des sous-vêtements ensanglantés de femmes et des peluches d’enfants traînaient dans les coffres des voitures, le sablier finissait une sale besogne. Car il va de soi qu’aucun habitant de cette ville n’avait prévu que tout irait si vite. Les passants, épris de vertige erraient sur les places abandonnées. Les églises tombaient une à une. Dans les couloirs des hautes tours, des hommes et des femmes se réunissaient pour chanter dans des langues inconnues. Même dans les livres, les mots n’avaient plus le même sens. Les vitrines, plus opaques que le ciel, se brisaient dans le miroir des rues. C’est alors que commença l’ensevelissement mystérieux du monde…

Bruno Ruiz, 2017
Giogio de Chirico, Mystère et mélancolie d’une rue, 1914

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