Bruno Ruiz / Le rêve perpétuel

le-re%cc%82ve-perpetuel

Chaque nuit il faisait le même rêve. Le train était vide et sans locomotive. Ils étaient nus sur le tender. Ils avançaient lentement. Au loin dans le ciel noir s’élevaient une cathédrale de lumière. On entendait la Marseillaise en sourdine. Anna descendait le long de la voie pour se dégourdir les jambes. Elle portait un gros manteau kaki. Quelqu’un se trompait dans les paroles de l’hymne. La cathédrale disparaissait quand ils entraient dans la dernière gare. Des voyageurs sur le quai les regardaient tristement. Il aurait voulu être ailleurs mais il n’en était plus question. Où allaient-ils dans la nuit blanche ? Il se raccrochait à des choses futiles de la vie. Il avait soif mais n’osait le dire à personne. Lorsqu’il se réveillerait la nuit ce serait pour faire le même rêve. Le train serait vide et sans locomotive. Ils seraient nus sur le tender. Ils avanceraient lentement…

Bruno Ruiz, 2017
Photo prise lors de la déportation de ceux qui avaient survécu au pogrom de Iasi vers Calarasi ou Podul Iloaei. les Roumains arrêtèrent un train pour jeter les cadavres de ceux qui étaient morts en route. Roumanie, juillet 1941.

Poster un commentaire

Classé dans Dans le désordre

Les commentaires sont fermés.