Bruno Ruiz / Raison de naître

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Je m’endormais quelquefois sur des parterres de clefs vertes, entre les mimosas et les brandes qui me protégeaient de tous les soleils du monde. Il y avait un bateau en ciment qui ne quittait jamais les perrés rongés par le sel. Ainsi ai-je voyagé à en perdre le souffle dans le vent des haubans de dériveurs sur la cale. Je devenais la corrosion des rouilles et le bastingage du vent, un simulacre d’enfant abandonné à l’orgie des plus folles envolées. Invisible aux adultes, j’ai bâti au fond de moi tant d’impossibles que je suis devenu l’ombre d’un pigeon mort. Je vivais alors sous les jupes noires de femmes silencieuses et il y avait tant de tambours dans ma tête que je ne pouvais entendre la musique sereine des marées. Ma seule lumière fut celle d’une tombe où les fleurs se rassemblaient pour sourire à l’éternité. Pourtant, ce n’est qu’aujourd’hui que je me rends compte à quel point mes parents ont eu raison de me faire naître.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : en 1955, avec mon ours Néné

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