Bruno Ruiz / Pour Maria Callas

Une nuit, je suis entré dans la voix de Maria Callas. Je traversais des paysages de sables blonds et humides, et par les vastes trouées du ciel, j’apercevais son corps plus frêle qu’une feuille de papier à cigarette. Elle avait la beauté d’une biche fragile et j’imaginais, tombant sur l’anse de ses bras, toute la mélancolie du monde. Là-bas sur des rivages sombres s’endormaient des magies de perles et d’oranges amères et sur des vases grecs abandonnés sur la grève, Ulysse s’endormait en rêvant de la belle Nausicaa.  Alors, une houle lente et tragique rejoignait l’estuaire de sa gorge où poussaient des pivoines immortelles au milieu d’un orchestre de vieux musiciens entourés de colombes qui, par centaines, s’envolaient dans les voilures de la nuit pour rejoindre mon père, au rythme d’une vieille habanera. Une nuit, je suis entré dans le chant profond du plus haut des poèmes qui ne s’écrira jamais.

Bruno Ruiz, 2017

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