Bruno Ruiz / Le voleur de vie

L’alarme sonnait depuis longtemps dans la bijouterie. Le voleur n’arrivait pas à s’enfuir. Il raflait dans les vitrines encore et encore des diamants de vie, des émeraudes d’instants magiques, remplissant fébrilement les sacs lourds de son enfance, enfouissant son passé qu’il ne voulait pas se résoudre à abandonner derrière lui. C’était comme si ses jours étaient comptés, son existence une peau de chagrin. Cette police qui allait venir l’arrêter d’un instant à l’autre, il le savait, ce n’était rien d’autre que le spectre de sa propre fin. Scintillant sur des velours mauves,  des parures de rêves l’entêtaient, fasciné par des espérances déçues, comme ces diadèmes hors de prix dans leur écrin. Et tous ces anciens visages aimés, perles roulantes sous ses doigts fébriles, il les caressait comme une fortune qui ne serait jamais tout à fait la sienne. Il savait qu’il n’aurait pas le temps de dévaliser tous ces trésors à sa portée. Il avait perdu beaucoup trop de temps, avait trop délaissé toutes les beautés du monde. Il était trop tard désormais. Déjà, de toute sa mémoire, il entendait  hurler les voitures de police qui encerclaient la boutique de cette vie magnifique qu’il n’arrivait pas à quitter.

Bruno Ruiz, 2017

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