Bruno Ruiz / La clef des champs

retrouvailles

Un jour je me suis regardé dans le miroir mais il n’y avait rien d’autre qu’un horizon posé sur un champ de colza. Quelques visages aimés traversaient le décor et leurs yeux de diamant scintillaient pour éclairer mon absence. Aujourd’hui je suis là, dénoué, à retrouver des splendeurs, des fêtes légères dans ma tête. Je peux vous voir désormais. Vous êtes ce miel tombé sur la nappe à l’heure accablante des siestes. Vous êtes ma bonne fortune liée à ces vieux almanachs oubliés dans des chemises moisies d’écoliers d’autrefois. Plus précieux que l’inexorable horloge suspendue à tout ce que je crois, à tout ce que j’aime, à tout ce qu’il me reste de ferveur, vous êtes mon âge convalescent. Peut-être en doutez-vous mais les années nous grandissent. Elles ont ce soir la taille des grands acacias dans mon rêve d’hiver. J’avais simplement oublié que je pouvais être si près d’eux.

Bruno Ruiz, 2017
Peinture : René Magritte, La Clef des champs, 1939

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