Bruno Ruiz / La Maloune

Souvent je restais seul le soir sur la plage déserte devant les lumières crues de la terrasse. Il y avait des paroles inaudibles sur les balcons des villas. Quelques rires lointains tintaient comme des verres en cristal dans des fêtes qui n’étaient pas les miennes. Des vagues très faibles caressaient l’estran. Sous mes pieds nus, le sable tiède sentait le tabac blond. Exilé de moi-même, je cherchais au loin les signaux de quelques contrebandiers, mais ce n’était que le phare du Cap Ferret qui ponctuait la nuit étrange d’une traînée rouge et tranquille. Au-dessus de moi, des milliards d’étoiles chantaient ma belle, ma lointaine solitude bleue marine. J’avais les yeux fardés d’ennui, la carapace brûlée par le soleil. Je n’invitais personne dans ma tête mais j’étais déjà de tous les voyages. En moi se mêlaient les morceaux d’un enfance illisible, lieux de temples habités par une princesse aux grands yeux d’émeraude qui se faisait attendre. Le temps passait si lentement. J’étais trop loin du monde. Je ne savais pas alors combien j’étais heureux.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : Hôtel Restaurant La Maloune, Pyla-sur-mer, vers la fin des années 1960.

Poster un commentaire

Classé dans Dans le désordre

Les commentaires sont fermés.