Bruno Ruiz / Il était une fois

ouest

J’aimais le cinéma en plein air à la Source des Abatilles. Nous regardions souvent des westerns au milieu des pins. Les chaises grinçaient dans la nuit tiède de juillet comme les éoliennes du grand ouest américain poussés par le chinook. Je regardais chaque visage de spectateurs ébloui par le miracle des images en Technicolor. De tête en tête, je voyageais tout seul, sautant d’un rêve à l’autre, et sur l’écran d’ombres insolites, j’entrais parfois pour rejoindre le décolleté profond de la belle silencieuse du saloon, dans la sueur obsédante des corps. Dans ma cape, un vent claquant s’engouffrait en gros plan, et tandis qu’au loin la poussière s’enroulait en rouleaux de ronces, mon désir de justice surveillait mystérieusement l’ombre du parc. Il me restait à sauver le monde à coups de révolver. Alors, après le dernier baiser torride, saturé par les violons de cette nuit artificielle, un peu triste, je rejoignais la mienne que je n’aurais jamais voulu voir finir.

Bruno Ruiz, 2017
Henry Fonda et Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone, 1968

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