Bruno Ruiz / Les étangs noirs

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Un jour j’ai envahi ma vie. C’était un moment délicieux. Je fus assiégé au milieu d’une foule silencieuse. Mes artères chantaient des hymnes de solitudes et mon passé sombrait là-bas sous la mitraille de l’oubli. Sans compter mes nuits de veilles, mes années brûlantes du désir de vous comprendre, j’avais la fièvre de l’instant et des présences battaient à mes tempes. En secret, je nettoyais de vieilles horloges dans la plainte des loups et mes yeux venaient à votre rencontre sous la lune froide, chargés d’images impossibles, de contes et de voyages étranges qui asséchaient les étangs noirs. Ainsi, chaque seconde a son miracle, chaque signe nous réveille au sens du monde, comme la roue d’un moulin qui chercherait la fraicheur d’une autre trajectoire ailleurs que dans le vent et l’eau de nos abîmes. Il m’aura fallu tant d’années pour comprendre que je n’étais que la somme de ce qui me chantait.

Bruno Ruiz, 2017
Photo Bruno Ruiz : Port-Sauveur, Toulouse, reflet d’immeubles dans le Canal du Midi

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