Bruno Ruiz / L’escalier

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Depuis des années je monte un escalier. Certains jours je suis plein d’entrain, d’autres fois j’ai le pas lourd de fatigue. Je le sais, il n’y a personne en haut des marches mais je grimpe sans relâche vers un âge que je n’ai pas encore. J’ai traversé comme cela des paliers où des foules indifférentes se pressaient vers je ne sais quelle vitrine où s’exhibaient des symboles inutiles. J’errais parmi des ombres, rencontrais des guides, des lampistes endormis. J’ai vendu, acheté, je fus abandonné, recueilli, garçon d’étage mais rarement président, même d’un jour. Maintenant, vers les plus hauts étages, le ciel s’éclaircit et l’air devient si rare et si transparent que j’en oublie l’ascension. Bientôt il n’y aura plus de marche au-dessus de l’édifice. Je continuerai pourtant, alerte et léger dans le vide, loin de toute la mémoire du monde. Et puisqu’il faut bien que tout s’arrête, un soir, ma tête basculera une bonne fois pour toute et tombera de l’autre côté. En silence.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : escalier du phare de l’île Vierge, l’un des plus hauts du monde, construit sur un îlot dénommé « Île Vierge » à 1,5 km de la côte. Il est situé en Finistère-Nord dans l’archipel de Lilia.

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